
Suno lance une nouvelle génération de ses outils de création musicale par intelligence artificielle. Baptisée v6, elle a été développée avec plusieurs acteurs importants de l’industrie, dont Warner Music Group, BMG et Believe. Pour l’entreprise, cette nouvelle version doit autant améliorer la qualité de la musique produite que modifier sa relation avec les artistes et les détenteurs de droits.
La famille v6 comprend trois modèles. Le modèle v6, réservé aux abonnés Pro et Premier, devient le produit phare et mise sur la précision et la qualité de production. v6-wild, également destiné aux abonnés payants, adopte une approche plus expérimentale, avec des résultats volontairement moins prévisibles. Enfin, v6-mini sera accessible à tous et privilégiera la rapidité et la simplicité. Les anciens modèles de Suno seront progressivement retirés au profit de cette nouvelle génération.
Suno promet surtout davantage de contrôle sur la création. Il devient possible de modifier uniquement une partie d’une chanson en langage naturel, par exemple en demandant de remplacer un refrain par une chorale gospel, sans reconstruire tout le morceau. L’utilisateur pourra également combiner différents éléments provenant de plusieurs créations, isoler un instrument à l’intérieur d’un extrait, créer un rythme autour d’un échantillon ou encore modifier un seul mot dans les paroles.
La plateforme élargit aussi les types de contenus pouvant servir de point de départ. Une chanson pourra être créée à partir d’un texte, d’un enregistrement audio, d’une image ou d’une vidéo, voire d’une combinaison de plusieurs de ces éléments. Le modèle doit également mieux comprendre le vocabulaire utilisé par les musiciens pour décrire une structure, une instrumentation, une ambiance ou un type de voix.
Mais l’élément le plus important de cette annonce est peut-être moins technologique qu’économique. Suno tente maintenant de construire un modèle où certains artistes et détenteurs de droits peuvent volontairement autoriser l’utilisation de leur musique dans de nouvelles expériences alimentées par l’IA et être rémunérés en retour.
Le partenariat conclu avec Warner Music Group en novembre 2025 avait déjà marqué un changement majeur. L’accord mettait fin au litige qui opposait les deux entreprises et prévoyait le développement de modèles sous licence. Warner indiquait alors que les artistes et auteurs-compositeurs devraient pouvoir choisir si leur nom, leur image, leur voix ou leurs compositions peuvent être utilisés dans de nouvelles créations générées par IA.
BMG a rejoint Suno en août 2026 avec une entente mondiale visant elle aussi le développement de nouveaux modèles et de nouvelles sources de revenus pour les artistes et auteurs qui acceptent d’y participer.
Believe et sa filiale TuneCore ont ensuite annoncé leur propre partenariat avec Suno le 8 septembre. Les artistes et maisons de disques concernés pourront choisir de participer aux futurs produits sous licence. Believe précise que les artistes qui donnent leur consentement seront rémunérés et que leurs droits devront être protégés. Les chansons créées avec ces nouveaux modèles pourront également être distribuées par Believe et TuneCore.
Ce rapprochement intervient après plusieurs années particulièrement conflictuelles entre les entreprises spécialisées en IA musicale et l’industrie du disque. Suno avait notamment été poursuivie en 2024 par de grandes maisons de disques qui l’accusaient d’avoir utilisé sans autorisation des enregistrements protégés pour entraîner ses modèles. Warner a depuis réglé son différend avec l’entreprise, mais Suno demeure confrontée à d’autres contestations judiciaires, notamment autour des droits liés à l’identité et au style des artistes.
Suno affirme parallèlement avoir renforcé ses mécanismes de protection. L’entreprise dit notamment contrôler les fichiers audio et les paroles téléversés afin de détecter certains usages non autorisés. Elle a également ajouté des technologies de tatouage numérique et d’empreinte audio afin de faciliter l’identification des morceaux générés avec sa plateforme et de limiter certaines formes d’abus.
La prochaine étape sera la création d’expériences centrées sur des artistes précis. Ceux-ci pourront choisir d’y participer et recevoir une rémunération lorsque leur musique ou certains de leurs droits sont utilisés. Les détails financiers des accords conclus avec les maisons de disques et les artistes participants ne sont toutefois pas publics. Axios rapporte que les ententes comportent un mécanisme de partage des revenus, sans en préciser les modalités.
Avec v6, Suno cherche donc à démontrer qu’une plateforme de génération musicale peut évoluer d’un modèle contesté par les détenteurs de droits vers un système reposant davantage sur les licences, le consentement et le partage des revenus. Reste maintenant à voir combien d’artistes accepteront de participer et si ce modèle pourra satisfaire à la fois les créateurs, les maisons de disques et les millions d’utilisateurs qui produisent déjà de la musique avec l’intelligence artificielle.
Source : Suno
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