
Le lancement de l’iPhone Duo d’Apple remet en lumière une autre tentative de réinventer le téléphone intelligent autour d’un grand espace d’affichage mobile. Six ans avant Apple, Microsoft lançait déjà le Surface Duo, un appareil Android composé de deux écrans reliés par une charnière à 360 degrés. La comparaison est intéressante, même si les deux entreprises ont retenu des approches différentes. Apple utilise aujourd’hui un véritable écran pliable continu, alors que Microsoft avait choisi deux écrans distincts séparés par une charnière.
Microsoft a lancé le premier Surface Duo aux États-Unis le 10 septembre 2020. L’appareil fonctionnait sous Android et proposait deux écrans AMOLED PixelSense de 5,6 pouces qui, une fois ouverts, formaient une surface de travail de 8,1 pouces. L’objectif était moins de créer une tablette miniature que de faciliter le multitâche, avec par exemple Outlook sur un écran et le calendrier sur l’autre, ou deux applications utilisées simultanément.
Ce choix d’Android était stratégique. Microsoft avait déjà abandonné Windows Phone et pouvait ainsi profiter directement de l’écosystème d’applications de Google, tout en préinstallant ses propres services comme Microsoft 365, Teams, Edge et OneDrive. Sur le papier, le Surface Duo cherchait surtout à devenir un appareil de productivité mobile.
Le problème est que le premier modèle est arrivé sur le marché avec plusieurs compromis difficiles à accepter pour un appareil vendu à partir de 1 399 dollars américains. Il n’avait notamment ni 5G (Verizon, AT&T et T-Mobile exploitaient tous des réseaux 5G à cette époque), ni NFC, ni recharge sans fil. Sa caméra était également très en retrait par rapport aux téléphones haut de gamme de l’époque.
Le logiciel représentait une difficulté encore plus importante. A l’époque, de nombreux observateurs avaient relevé de nombreux bogues, des gestes peu fiables et une expérience Android mal adaptée à la configuration particulière de l’appareil. On avait également constaté des lenteurs importantes, des changements d’orientation qui pouvaient prendre plusieurs secondes ainsi que des applications qui disparaissaient lorsqu’on tentait de les déplacer d’un écran à l’autre.
Le marché a rapidement sanctionné ces défauts. Et le prix américain du Surface Duo était passé de 1 399 dollars à 1 199 dollars environ un mois après son lancement. En mai 2021, il pouvait déjà être acheté pour 699 dollars, soit la moitié de son prix initial. Une baisse aussi rapide ne permet pas, à elle seule, de mesurer les ventes, mais elle illustre les difficultés rencontrées par le produit.
Microsoft a tenté de corriger le tir avec le Surface Duo 2, lancé en 2021. Cette deuxième génération utilisait un processeur Snapdragon 888 compatible 5G, disposait du NFC et adoptait des écrans avec un taux de rafraîchissement adaptatif pouvant atteindre 90 Hz. Au Canada, son prix débutait à 1 499,99 dollars.
Chaque écran AMOLED PixelSense du Surface Duo 2 mesurait 5,8 pouces et affichait une résolution de 1344 × 1892 pixels. Une fois ouverts, les deux écrans offraient une surface de 8,3 pouces avec une résolution combinée de 2688 × 1892 pixels. La densité atteignait 401 pixels par pouce et la luminosité maximale annoncée était de 800 nits. Les écrans étaient protégés par du Gorilla Glass Victus.
Le Duo 2 améliorait aussi sérieusement la photographie avec trois caméras arrière : un grand-angle de 12 mégapixels à ouverture f/1,7, un téléobjectif de 12 mégapixels avec zoom optique 2x et un ultra grand-angle de 16 mégapixels. La caméra avant utilisait pour sa part un capteur de 12 mégapixels.
Sa batterie de 4 449 mAh devait offrir, selon les chiffres annoncés par Microsoft, jusqu’à 15,5 heures de lecture vidéo locale ou jusqu’à 28 heures de conversation. Le téléphone acceptait également le Surface Slim Pen 2, qui pouvait se fixer magnétiquement à l’appareil. Sa recharge à partir du Duo 2 nécessitait toutefois le Surface Duo 2 Pen Cover, vendu séparément, ou un autre dispositif de recharge compatible.
Malgré toutes ces améliorations, le Surface Duo 2 n’a pas réussi à installer durablement cette nouvelle catégorie. Les bogues logiciels n’avaient pas complètement disparu et le principe même des deux écrans conservait une faiblesse évidente : une séparation physique demeurait au centre lorsque les deux écrans étaient utilisés comme une seule grande surface.
Pendant ce temps, Samsung perfectionnait ses Galaxy Z Fold autour d’un écran intérieur réellement pliable et continu. Pour regarder une vidéo, afficher une photographie ou utiliser une application sur toute la largeur de l’appareil, cette approche éliminait la coupure centrale imposée par le Duo.
Le Surface Duo est-il encore vendu aujourd’hui ? Plus vraiment. Microsoft ne le commercialise plus comme un produit actuel. Sa boutique canadienne conserve encore certaines pages consacrées au Surface Duo 2, mais le produit n’y est plus disponible normalement. On trouve encore des exemplaires reconditionnés ou en boîte ouverte chez certains détaillants et vendeurs tiers, notamment sur la Place de marché de Best Buy Canada.
Le soutien logiciel est également terminé. Microsoft indique officiellement que le Surface Duo et le Surface Duo 2 ont atteint leur fin de maintenance. Ils ne reçoivent donc plus de nouvelles versions d’Android ni de mises à jour de sécurité. La dernière mise à jour de sécurité publiée pour le Surface Duo 2 remonte au 8 octobre 2024.
Six ans plus tard, l’expérience Surface Duo prend un relief particulier avec l’arrivée de l’iPhone Duo. Microsoft avait identifié très tôt l’intérêt potentiel d’un téléphone capable d’offrir davantage d’espace pour travailler avec plusieurs applications. Mais un prix élevé, un logiciel insuffisamment abouti, plusieurs compromis matériels et un format à deux écrans qui demandait aux utilisateurs de changer leurs habitudes ont limité son adoption.
Apple arrive aujourd’hui sur un marché très différent. Les écrans pliables ont mûri, Android et iOS savent mieux gérer de grands formats et les consommateurs connaissent désormais ce type d’appareil. Le Surface Duo reste donc moins l’exemple d’une mauvaise idée que celui d’une bonne idée arrivée avec une exécution qui n’était pas encore suffisamment convaincante.
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