
Le Canada et l’Allemagne annoncent un engagement financier conjoint pouvant atteindre 300 millions de dollars canadiens en faveur de LoiZéro, l’organisation montréalaise fondée par Yoshua Bengio qui cherche à développer une nouvelle approche de l’intelligence artificielle avancée, conçue dès le départ pour être sécuritaire et digne de confiance. L’annonce a été faite mercredi à Montréal dans le cadre de la conférence ALL IN.
La nuance est importante. Il ne s’agit pas nécessairement d’un versement immédiat de 300 millions de dollars, mais d’un financement pouvant aller jusqu’à cette somme. On ne précise pas encore la répartition de l’investissement entre Ottawa et Berlin, ni le calendrier détaillé des décaissements.
Pour LoiZéro, cette enveloppe doit permettre d’accélérer considérablement ses travaux de recherche, d’agrandir son équipe scientifique internationale et de se doter d’une infrastructure informatique suffisamment puissante pour entraîner et tester ses futurs systèmes d’intelligence artificielle.
L’organisation prévoit également ouvrir un bureau à Berlin, donnant à ses travaux un véritable axe Canada-Europe.
Une partie particulièrement stratégique du projet concerne la puissance de calcul. LoiZéro prévoit mettre en place au Canada une infrastructure informatique dédiée et souveraine en collaboration avec les entreprises canadiennes Hypertec et 5C. L’objectif est de conserver au pays non seulement les chercheurs, mais aussi les capacités de calcul, l’infrastructure et l’expertise nécessaires aux travaux sur les modèles d’IA avancés.
Cette annonce s’inscrit dans un rapprochement technologique amorcé depuis plusieurs mois entre Ottawa et Berlin. En février dernier, les deux gouvernements avaient signé une déclaration commune sur l’intelligence artificielle et lancé une « Sovereign Technology Alliance ». LoiZéro était alors explicitement identifiée parmi les organisations pouvant faire l’objet d’une collaboration entre les deux pays.
Au cœur du projet se trouve ce que LoiZéro appelle son « IA-chercheuse ».
Plutôt que de développer un agent autonome auquel on confierait un objectif et qui chercherait ensuite les moyens de l’atteindre, l’équipe de Yoshua Bengio veut créer une intelligence artificielle principalement destinée à analyser, raisonner, prédire et fournir des résultats fondés sur des preuves, sans poursuivre ses propres objectifs.
LoiZéro a présenté en juillet un cadre mathématique visant justement à formaliser cette approche. L’organisation explique vouloir construire une IA capable de produire des prédictions fiables sur le monde sans devenir elle-même un système orienté vers la poursuite autonome d’un objectif.
Pour Yoshua Bengio, la question de la sécurité ne doit donc pas être simplement ajoutée après le développement d’un modèle. Elle doit faire partie de son architecture fondamentale.
« Alors que les risques liés à l’IA se multiplient et s’accélèrent, notre priorité doit être de créer des solutions pour rendre cette technologie sécuritaire et d’offrir des modèles alternatifs véritablement dignes de confiance », explique le fondateur et directeur scientifique de LoiZéro. Il estime que « l’innovation scientifique et la sécurité publique peuvent et doivent progresser conjointement ».
Le ministre canadien de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, présente pour sa part l’investissement comme une question de souveraineté technologique.
« L’avenir du Canada en matière d’intelligence artificielle dépend du développement de systèmes avancés qui reflètent nos valeurs et protègent nos intérêts », affirme-t-il, ajoutant que le développement de cette technologie doit permettre de renforcer « la capacité souveraine du Canada en matière d’IA ».
Son homologue allemand du Numérique et de la Modernisation de l’État, Karsten Wildberger, insiste sur la différence entre le modèle proposé par LoiZéro et les agents autonomes. Il décrit l’IA-chercheuse comme une technologie fondée sur une approche mathématique et conçue pour « fonctionner purement sur la base de faits », sans poursuivre ses propres buts.
L’annonce dépasse ainsi le financement d’un nouveau laboratoire montréalais. Elle illustre la volonté croissante du Canada et de plusieurs pays européens de disposer de leurs propres compétences, chercheurs et infrastructures de calcul en intelligence artificielle, plutôt que de dépendre entièrement des grandes plateformes technologiques américaines.
La présence d’Hypertec et de 5C est significative à cet égard. Les deux entreprises doivent fournir l’infrastructure de calcul sur laquelle LoiZéro pourra mener ses expériences à grande échelle au Canada. Hypertec présente le projet comme une combinaison de recherche scientifique et d’infrastructure souveraine, tandis que 5C doit fournir la capacité informatique dédiée nécessaire aux travaux.
LoiZéro demeure par ailleurs une organisation à but non lucratif. Fondée par Yoshua Bengio et initialement incubée à Mila, elle est soutenue par plusieurs organisations philanthropiques et technologiques, notamment la Gates Foundation, Schmidt Sciences et NVIDIA.
Avec cet engagement pouvant atteindre 300 millions de dollars, le projet change toutefois d’échelle. LoiZéro passe d’une initiative de recherche sur la sécurité de l’IA à un projet disposant potentiellement des ressources humaines et informatiques nécessaires pour tenter de construire une véritable alternative aux architectures dominantes.
Avec cet engagement pouvant atteindre, le projet change toutefois d’échelle. LoiZéro passe d’une initiative de recherche sur la sécurité de l’IA à un projet disposant potentiellement des ressources humaines et informatiques nécessaires pour tenter de construire une véritable alternative aux architectures dominantes.
Reste maintenant la question scientifique essentielle : cette « IA-chercheuse » pourra-t-elle atteindre un niveau de performance comparable aux meilleurs modèles tout en conservant les propriétés de sécurité recherchées par l’équipe de Bengio ?
C’est précisément ce que les centaines de millions de dollars annoncés à Montréal doivent permettre de vérifier.
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