Montréal franchit une nouvelle étape avec OPUS sur Android

Après des années de modernisation progressive de sa billettique, le transport collectif montréalais franchit une étape importante. Depuis le 15 septembre, les utilisateurs d’un téléphone Android peuvent acheter leurs titres de transport directement dans l’application Chrono, les conserver sur leur appareil et valider leur passage simplement en approchant leur téléphone d’un valideur. La carte OPUS physique devient ainsi facultative pour une partie de la clientèle.

Il ne s’agit plus seulement de recharger une carte OPUS avec un téléphone, une fonction offerte depuis 2024. Le téléphone devient lui-même le support du titre de transport. Dans Chrono, l’utilisateur choisit « Achat de titres », puis « Titres virtuels », se connecte à son compte et achète le titre dont il a besoin. Un appareil Android compatible NFC est nécessaire. Le téléphone peut ensuite être utilisé dans les autobus, le métro, le REM et les autres services réguliers couverts par l’ARTM.

C’est une transformation qui pourrait sembler banale dans une ville comme Londres ou New York, où le téléphone et la carte bancaire font déjà partie du quotidien des usagers. À Montréal, elle marque toutefois une rupture importante avec l’architecture OPUS mise en place il y a près de vingt ans.

Le lancement officiel du 15 septembre vient en réalité conclure plusieurs mois d’expérimentation. L’ARTM avait commencé à tester les titres virtuels en 2025 auprès de groupes d’utilisateurs, d’abord sur Android et pour des titres au tarif ordinaire. En juillet dernier, la nouvelle version de Chrono avait commencé à être distribuée progressivement auprès de certains utilisateurs Android. Selon CTV News, plus de 20 000 personnes ont participé au projet pilote avant l’ouverture générale du service.

Cette approche graduelle permet notamment de tester une réalité plus complexe qu’il n’y paraît. Il faut que le même téléphone puisse acheter un titre, le stocker de façon sécurisée, communiquer avec plusieurs générations de valideurs et permettre aux inspecteurs de vérifier qu’un titre a bien été validé.

Les conditions d’utilisation de l’ARTM prévoient d’ailleurs certaines contraintes. Le téléphone doit être compatible avec Chrono et le NFC doit être activé. Pour des raisons de sécurité, le service ne fonctionne pas sur les appareils Android modifiés par certaines techniques de déverrouillage du système. L’application doit aussi périodiquement se connecter au réseau afin de maintenir les informations nécessaires à la validation des titres.

La carte physique OPUS ne disparaît donc pas. Elle continue d’être offerte et demeure nécessaire dans certaines situations. Pour le moment, les titres virtuels visent principalement les utilisateurs au tarif ordinaire. L’intégration de certaines catégories de titres, notamment celles nécessitant une vérification particulière de l’admissibilité, doit être élargie progressivement.

Il faut aussi distinguer cette nouveauté d’une simple copie de la carte OPUS dans un portefeuille numérique. Les titres sont gérés directement dans Chrono. L’application permet également de transférer les titres virtuels lorsqu’un utilisateur change d’appareil ou doit réinstaller Chrono.

La popularité de l’application montre déjà à quel point les habitudes ont changé. Selon l’ARTM, plus de la moitié des transactions de recharge sont maintenant réalisées à l’aide de Chrono, ce qui représente environ 16 millions de transactions.

Les propriétaires d’iPhone ne peuvent pas encore utiliser leur appareil comme titre de transport. L’ARTM confirme travailler avec Apple pour offrir une solution équivalente sur iOS, mais aucune date précise de lancement n’a encore été annoncée.

Android devient donc la première plateforme à bénéficier de cette nouvelle génération de billettique montréalaise. Ce choix avait été annoncé dès les premières phases de test, Android servant de plateforme initiale avant un déploiement ultérieur sur iPhone.

Le changement le plus important arrivera cependant avec la suite du projet Concerto. L’ARTM prévoit permettre éventuellement aux voyageurs de payer directement avec une carte bancaire sans contact ou un appareil mobile, sans avoir à acheter un titre au préalable. Selon l’échéancier annoncé, l’utilisation d’Interac, Mastercard et Visa doit être étendue au réseau métropolitain en 2027.

Cette technologie est déjà expérimentée sur certaines lignes d’exo. Les voyageurs peuvent y payer directement avec une carte bancaire sans contact ou avec une carte numérisée dans un téléphone ou une montre intelligente.

Le chantier est considérable. Concerto prévoit la mise à niveau d’environ 12 000 équipements répartis sur les réseaux de la STM, du RTL, de la STL et d’exo, ainsi que dans certaines infrastructures associées au réseau métropolitain. Son enveloppe est évaluée à 146 millions de dollars.

En 2025, l’ARTM a confié à la société britannique Masabi le développement de la nouvelle plateforme billettique. L’entreprise exploite des technologies de paiement et de validation du transport collectif dans plus de 200 villes et réseaux à travers le monde.

À terme, la transformation dépasse donc largement la disparition éventuelle de la carte de plastique. L’objectif est de passer d’un système centré sur OPUS à une infrastructure où plusieurs supports pourront coexister, téléphone Android ou iPhone, carte bancaire, portefeuille numérique et carte de transport traditionnelle.

Pour les utilisateurs Android, cette transition devient maintenant très concrète. Pour Montréal, OPUS sur téléphone constitue surtout le premier changement visible d’un chantier qui doit mener, en 2027, à une billettique beaucoup plus ouverte et plus proche de celle déjà utilisée dans plusieurs grandes métropoles internationales.

Sources : https://www.artm.quebec/lartm-lance-opus-sur-android, CTV

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