
L’intelligence artificielle ne se contente plus de chercher un produit ou de comparer les prix. Elle commence à pouvoir sortir la carte de crédit, au sens figuré, et terminer elle-même l’achat. Mastercard, Flybits et la Banque Rogers annoncent avoir réalisé ce qu’elles présentent comme la première transaction de commerce agentique au Canada réunissant un assistant d’IA, un émetteur de carte et un réseau de paiement.
Dans le cadre de ce projet pilote, un assistant d’intelligence artificielle développé par Flybits a reçu les instructions d’un détenteur d’une Mastercard Rouge de Rogers. L’agent devait trouver un produit admissible respectant le budget fixé par l’utilisateur, puis compléter la transaction grâce à la plateforme Agent Pay de Mastercard. L’objectif était notamment de vérifier qu’un agent pouvait effectuer un achat tout en respectant des paramètres explicitement déterminés par le consommateur.
C’est précisément là que se situe l’enjeu du commerce agentique. Jusqu’ici, lorsqu’on demandait à ChatGPT, Gemini ou un autre assistant de nous aider à magasiner, l’humain demeurait généralement responsable de la dernière étape. Il consultait les recommandations, choisissait le produit et confirmait le paiement. Avec les agents autonomes, une partie de cette responsabilité peut être déléguée au logiciel.
On pourrait ainsi demander à un assistant de trouver une paire d’écouteurs répondant à certains critères, de ne pas dépasser 250 dollars et d’effectuer l’achat lorsqu’il trouve une offre conforme aux instructions. Le consommateur définit alors les règles, mais l’agent se charge de la recherche, de la sélection et éventuellement du paiement.
Mastercard travaille depuis 2025 à adapter son infrastructure de paiement à cette nouvelle réalité. Son système Agent Pay utilise notamment des jetons numériques permettant d’identifier les agents autorisés et de limiter les opérations qu’ils peuvent réaliser. Mastercard affirme également vouloir relier chaque transaction à une intention vérifiable du consommateur afin qu’un agent ne puisse pas simplement présumer qu’il possède l’autorisation d’effectuer un achat.
Ce contrôle devient particulièrement important lorsque l’IA commence à manipuler de l’argent réel. Dans un système traditionnel, une transaction est généralement initiée directement par une personne. Avec un agent, le paiement peut se produire quelques minutes, quelques heures ou éventuellement plusieurs jours après l’instruction originale. Il faut donc pouvoir déterminer précisément ce que l’utilisateur avait autorisé, pour quel montant, auprès de quel type de commerçant et pendant combien de temps.
Mastercard travaille justement à transformer la tokenisation, déjà largement utilisée pour protéger les numéros de cartes, en mécanisme permettant également de définir les pouvoirs accordés à un agent. Dans ses travaux sur le commerce agentique, l’entreprise explique que ces jetons peuvent notamment encadrer le montant, la fréquence et la nature des transactions autorisées.
Flybits apporte pour sa part la couche d’intelligence artificielle et de personnalisation. L’entreprise torontoise veut également permettre à l’assistant d’expliquer pourquoi il recommande certains produits plutôt que d’autres, un élément important si l’on souhaite éviter que l’utilisateur délègue complètement ses décisions à un système dont il ne comprend pas le fonctionnement.
Une prochaine étape du projet prévoit d’utiliser les « Insight Tokens » de Mastercard. Cette technologie permettrait à l’agent d’obtenir certains renseignements ou signaux personnalisés associés au consommateur, avec son autorisation, sans nécessairement lui transmettre les données brutes sous-jacentes. Mastercard imagine par exemple qu’un agent puisse tenir compte des préférences, des avantages associés à une carte ou d’autres informations autorisées pour présenter des recommandations plus pertinentes.
La question du contrôle risque toutefois de déterminer la vitesse à laquelle ce type de technologie sera adopté. Selon une étude commandée par Mastercard auprès de 2 000 adultes canadiens en août 2026, 41 % des répondants se disent ouverts à utiliser un assistant d’IA pour les aider à magasiner en ligne. Parmi ceux qui se montrent favorables à cette utilisation, 53 % seraient à l’aise avec des achats effectués avec l’aide d’une IA lorsqu’ils respectent des préférences et des limites budgétaires établies à l’avance. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit d’une étude présentée par Mastercard dans le contexte de cette annonce.
Le projet canadien demeure pour le moment une démonstration technologique. Mastercard, Flybits et la Banque Rogers n’ont pas annoncé de date pour une disponibilité généralisée auprès des consommateurs canadiens. Il montre néanmoins assez clairement la direction que prend l’industrie du paiement.
Après les assistants capables de trouver ce que nous voulons acheter, la prochaine étape consiste à leur donner suffisamment d’autorité pour agir à notre place. Le véritable défi ne sera probablement pas de permettre à une IA de payer. Il sera de s’assurer qu’elle ne puisse acheter que ce que nous lui avons réellement demandé d’acheter.
Source : Mastercard Canada
+++++++
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur
l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


