Le podcast Mon Carnet franchit une étape importante : le podcast célèbre ses 10 ans.

Dix ans, ça semble presque court lorsqu’on le dit rapidement. Mais lorsqu’on regarde tout ce qui s’est passé dans le monde numérique depuis septembre 2016, j’ai parfois l’impression d’avoir couvert plusieurs époques technologiques différentes à travers plus de 500 épisodes du podcast. À l’origine, l’idée était assez simple : retrouver au micro ce que j’aimais faire depuis toujours, parler de technologie, rencontrer celles et ceux qui la font, essayer de comprendre où elle nous mène et surtout la raconter de manière accessible. Le blogue existait déjà depuis huit ans. Avec le podcast, Mon Carnet devenait aussi un rendez-vous audio hebdomadaire.

Tout commence à l’automne 2016. Dès les premières éditions de Mon Carnet, on retrouve plusieurs des thèmes qui allaient accompagner le podcast pendant les dix années suivantes. On parle déjà du commerce électronique, de Google et de Facebook, de nouvelles entreprises numériques et de créateurs qui utilisent le Web pour développer leurs projets. Quelques semaines plus tard, les discussions portent sur la liberté d’expression, le harcèlement sur Internet, Instagram, le Black Friday et le Cyber Monday au Québec, pendant qu’une émission produite depuis Abidjan apporte déjà au podcast une ouverture sur la Francophonie et sur ce qui se passe ailleurs dans le monde numérique. En relisant ces premiers sommaires aujourd’hui, ce qui me frappe surtout, c’est que les technologies ont énormément changé, mais que plusieurs des grandes questions étaient déjà là : le pouvoir grandissant des plateformes, nos nouvelles habitudes de consommation, notre présence sur les réseaux sociaux et la façon dont Internet transforme la création, les affaires et nos rapports les uns avec les autres.

Revenir dans les premières archives du podcast est presque un exercice d’archéologie numérique. En 2017, on parlait de Samsung, Microsoft, Sonos, de la concurrence entre Google, Walmart et Amazon, d’applications mobiles africaines et déjà beaucoup d’expérience utilisateur avec Jean-François Poulin. En 2018, le Google Pixel 3 faisait l’actualité, tout comme Spotify, la sécurité des téléphones, les technologies de traduction, le commerce électronique et la transformation numérique des organisations. Ce sont des sujets qui semblent aujourd’hui familiers, mais qui marquaient alors une nouvelle étape dans l’adoption massive du numérique.

Puis l’intelligence artificielle a commencé à occuper davantage de place. En 2019, Mon Carnet abordait déjà la rivalité entre le Canada et la France en IA, les mégadonnées, l’éthique numérique et le Mila. On parlait aussi d’Alexa, de la Libra de Facebook, de l’avenir de la presse en ligne et des questions de démocratie numérique. Avec le recul, plusieurs sujets qui semblaient alors spécialisés annonçaient déjà les grands débats qui nous occupent aujourd’hui.

En 2020, la pandémie a brutalement accéléré la transformation numérique. Le podcast s’est intéressé à Zoom, à la formation à distance, au commerce électronique, au travail à distance, aux influenceurs confinés, au spectacle sur Internet et à toute une industrie du voyage bouleversée. Ce qui devait être une transition progressive vers davantage de numérique s’est transformé en quelques semaines en expérience grandeur nature. Travailler, apprendre, magasiner, consulter, se divertir et rencontrer ses proches, presque tout pouvait désormais passer par un écran.

En 2021, une autre vague se dessinait. TikTok prenait de l’ampleur et Meta ouvrait Horizon Worlds au public en Amérique du Nord, tandis que le mot métavers devenait incontournable. Mon Carnet consacrait des échanges au métavers québécois, aux téléviseurs connectés, à la cybersécurité et à cette nouvelle économie numérique qui se structurait autour de nous. Certaines promesses du métavers se sont depuis dégonflées. D’autres technologies ont pris leur place, et quelle place.

Le 30 novembre 2022, OpenAI lançait publiquement ChatGPT. Très rapidement, il est devenu évident que quelque chose venait de changer. À partir de 2023, l’intelligence artificielle générative s’est installée pratiquement chaque semaine dans Mon Carnet. On a parlé de son impact sur le travail, de ChatGPT, des nouveaux outils de Google, des modèles chinois, de protection des renseignements personnels, de cybersécurité et de l’empreinte environnementale du numérique. Et depuis, l’IA n’a jamais vraiment quitté le sommaire.

En 2024 et en 2025, le sujet a encore pris de l’ampleur. L’IA conversationnelle est devenue beaucoup plus performante et multimodale, et s’est intégrée aux téléphones, aux ordinateurs, aux entreprises, aux médias, aux moteurs de recherche et aux outils de création. On a parlé de Gemini, de Copilot, des modèles d’OpenAI, de l’IA au travail, de cybersécurité, de désinformation, de centres de données, de création automatisée, de mobilité et de l’impact de ces technologies sur l’emploi, la culture et l’information. La question n’était plus seulement de savoir ce que l’IA pouvait faire, mais plutôt ce qu’elle changeait autour de nous.

En 2026, le vocabulaire a encore évolué. On parle maintenant de souveraineté numérique, d’infrastructures d’IA, de consommation énergétique, de modèles ouverts, de réglementation, de robots humanoïdes et d’informatique quantique. On s’intéresse aussi de plus en plus au rôle que peuvent jouer le Canada, l’Europe, la Chine, l’Afrique et les autres régions francophones dans cette nouvelle course technologique. Une chose me frappe en parcourant les anciens sommaires : l’accélération. Pendant longtemps, l’actualité technologique pouvait être racontée à travers de nouveaux appareils ou de nouveaux services. Aujourd’hui, la technologie touche directement l’économie, le travail, l’éducation, la culture, la sécurité nationale, l’environnement et même notre rapport à la vérité.

Mais réduire ces dix années à une succession de technologies serait passer à côté de l’essentiel. Mon Carnet, ce sont d’abord des gens. Des centaines d’invités sont venus au micro pour expliquer leurs recherches, présenter leurs entreprises, défendre leurs idées, raconter leurs projets ou simplement nous aider à mieux comprendre un sujet. Des chercheurs, entrepreneurs, dirigeants, créateurs, journalistes, universitaires, spécialistes de la cybersécurité, designers, ingénieurs et observateurs du numérique du Québec, du Canada, de France, de Suisse, de Belgique, d’Afrique et d’ailleurs dans la Francophonie.

Certains étaient déjà très connus lorsqu’ils sont venus à Mon Carnet. D’autres lançaient une jeune entreprise ou un projet dont personne ne connaissait encore le nom. À toutes et à tous, merci. Merci d’avoir accepté les invitations, parfois à quelques heures d’avis. Merci d’avoir pris le temps d’expliquer, de partager votre expertise et votre passion, et surtout d’avoir contribué à rendre les sujets technologiques plus compréhensibles pour celles et ceux qui nous écoutent.

Je veux aussi profiter de cet anniversaire pour remercier les collaborateurs qui, au fil des années, ont donné au podcast sa personnalité. Jean-François Poulin, Stéphane Ricoul, Thierry Weber, Jérôme Colombain, Catherine Dupont-Gagnon, Stéphane Berthomet, Luc Dupont, Carl-Edwin Michel, Muriel Edjo, Patrick White, Luc Sirois, Alexandre Sheldon, Emilie Delvoye et tous ceux et celles qui ont participé à l’aventure à différents moments. Lorsque je parcours les archives, je réalise à quel point leurs chroniques constituent elles aussi une mémoire de ces dix années. UX, économie numérique, médias, cybersécurité, réseaux sociaux, jeu vidéo, balado, intelligence artificielle, innovation, transformation des organisations : leurs regards ont toujours permis d’aller plus loin que la simple nouvelle de la semaine.

Un merci aussi tout spécial à mon amoureuse, Haïfa, qui me soutient dans la production de ce rendez-vous hebdomadaire depuis les tout débuts. Je n’ose même pas compter le nombre de jeudis soir de production, depuis 10 ans, où elle me partage avec les auditeurs de Mon Carnet. Merci, Haïfa, pour ton appui, ton soutien et ton amour. On dit que derrière chaque personne qui réussit un projet, il y a quelqu’un dans l’ombre. Moi, cette personne, c’est mon Haïfa d’amour.

Et puis, il y a vous, les auditeurs. Ceux qui étaient là au début, ceux qui sont arrivés en cours de route, ceux qui écoutent Mon Carnet chaque semaine au Québec, ailleurs au Canada, en France, en Belgique, en Suisse, au Maghreb, en Afrique et partout où l’on s’intéresse à l’actualité numérique en français. Certains m’écrivent depuis des années, certains me corrigent, certains me proposent des sujets et certains ne m’ont jamais écrit, mais téléchargent fidèlement chaque nouvelle édition. Vous êtes la raison pour laquelle, dix ans plus tard, le micro est toujours ouvert.

Dans un univers médiatique où les plateformes, les algorithmes et les habitudes d’écoute changent constamment, cette fidélité compte énormément. Elle est au cœur de cette aventure et elle explique pourquoi Mon Carnet est toujours là, semaine après semaine.

Lorsque j’ai lancé le podcast Mon Carnet il y a dix ans, Facebook était encore jeune, l’iPhone venait à peine de faire son apparition et personne n’imaginait encore la place qu’occuperaient TikTok, ChatGPT ou les robots humanoïdes dans l’actualité quotidienne. Dix ans après le lancement du podcast, nous discutons maintenant avec des intelligences artificielles, des véhicules autonomes circulent maintenant sans conducteur dans certaines villes, les machines génèrent des images et des vidéos, et des États s’interrogent ouvertement sur leur souveraineté numérique.

Impossible de savoir exactement de quoi sera faite la prochaine décennie, et c’est probablement ce qui me donne encore autant envie de continuer. Parce qu’au fond, malgré toutes les technologies qui ont changé depuis dix ans, l’objectif de Mon Carnet est demeuré le même : essayer de comprendre ce qui se passe dans le monde numérique, rencontrer les gens qui le façonnent et vous le raconter le plus clairement possible.

Le blogue a 18 ans. Le podcast a maintenant 10 ans. Et l’histoire continue.

Merci d’être là.

Bruno


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