
La Russie semble avoir ouvert un nouveau front dans sa campagne contre les infrastructures ukrainiennes. Depuis la mi-septembre, les frappes contre des centres de données et des installations de télécommunications se multiplient à Kyiv, provoquant des perturbations d’Internet et faisant craindre des conséquences plus larges pour l’économie numérique du pays.
Le 23 septembre, environ 100 000 foyers de Kyiv et de sa région ont connu des problèmes d’accès à Internet, selon le ministère ukrainien de la Transformation numérique. Les centres de données utilisés par les fournisseurs Pavutyna et UTELS ont notamment été endommagés. D’autres opérateurs, dont Crazy Network, Etherlink, Cityhost et MiroHost, ont également signalé des dommages ou des interruptions de service.
Les conséquences ont dépassé les abonnés résidentiels. La Bourse ukrainienne PFTS a indiqué avoir subi d’importantes perturbations techniques le 23 septembre en raison des problèmes de connectivité provoqués par les frappes. Elle prévoyait reprendre normalement ses activités deux jours plus tard.
Moscou ne nie pas viser certaines de ces infrastructures. Le ministère russe de la Défense a annoncé le 24 septembre avoir frappé à Kyiv les centres de télécommunications Kyivstar et Parkovy, affirmant qu’ils fournissaient des services de communication et de capacité informatique aux forces armées ukrainiennes. Reuters a également rapporté cette déclaration russe. Cette justification militaire demeure une affirmation de Moscou, qui ne permet pas à elle seule d’établir la nature précise des usages de chacune des installations visées.
Les autorités ukrainiennes décrivent pour leur part ces installations comme une composante essentielle de l’infrastructure civile. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, affirme notamment que les perturbations peuvent nuire à la diffusion des alertes annonçant l’arrivée de missiles et de drones. L’Institute for the Study of War constate lui aussi une intensification des frappes russes contre les centres de données et les réseaux de télécommunications depuis la mi-septembre.
L’enjeu dépasse en effet le simple accès au Web. Les centres de données hébergent des sites, des applications, des plateformes commerciales et des systèmes informatiques utilisés par de nombreuses organisations. La destruction d’une seule installation peut donc toucher simultanément plusieurs fournisseurs et entreprises.
Il faut toutefois nuancer le risque d’un effondrement généralisé de l’Internet ukrainien. Des spécialistes ukrainiens et l’ISW rappellent que le réseau du pays est fortement décentralisé, avec de nombreux fournisseurs et plusieurs routes de connexion. Des interruptions locales importantes sont donc possibles, mais une coupure totale du pays apparaît beaucoup plus difficile à provoquer.
L’épisode prend une dimension supplémentaire avec un incident survenu en Pologne. Le 23 septembre, un incendie a endommagé les équipements électriques d’une station terrestre utilisée pour les communications Starlink à Wola Krobowska, au sud-ouest de Varsovie. La station, exploitée par l’entreprise publique polonaise Exatel, participe notamment à l’acheminement de trafic Internet vers l’Ukraine.
Le ministre polonais du Numérique, Krzysztof Gawkowski, a évoqué un possible acte de sabotage et un élément de guerre hybride. Mais l’enquête n’est pas terminée. Les enquêteurs polonais examinent également l’hypothèse d’un court-circuit, et les autorités ont indiqué qu’il était encore trop tôt pour attribuer formellement l’incident à la Russie.
Cette distinction est importante. Les frappes russes contre plusieurs infrastructures de télécommunications à Kyiv sont confirmées, tout comme les perturbations qui ont suivi. En revanche, l’hypothèse selon laquelle Moscou mènerait une opération coordonnée visant à provoquer une panne générale des services bancaires, gouvernementaux ou d’Internet reste à ce stade une analyse et une crainte. La tendance est néanmoins suffisamment nette pour attirer l’attention.
Après les réseaux électriques, les chemins de fer, les installations industrielles et les ports, les infrastructures numériques apparaissent désormais plus explicitement parmi les cibles de la campagne de frappes russes. Pour l’Ukraine, où une grande partie des services publics, commerciaux et financiers ont été numérisés, la résilience des centres de données et des réseaux de télécommunications devient ainsi un nouvel enjeu majeur de la guerre.
Sources : Financial Times, Reuters
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