Les lunettes intelligentes relancent le débat sur la vie privée dans les piscines et vestiaires

L’arrivée de lunettes intelligentes équipées de caméras, de microphones et de fonctions d’intelligence artificielle commence à poser un nouveau défi aux responsables des installations publiques. Au Canada comme ailleurs, la question se pose désormais ouvertement : faut-il interdire le port de ces lunettes dans les piscines, vestiaires et autres endroits où les usagers peuvent raisonnablement s’attendre à une plus grande intimité?

Le débat a récemment pris de l’ampleur à Vancouver, où Caitlin Stockwell, candidate au conseil municipal, réclame une interdiction explicite des lunettes intelligentes dans les installations municipales de loisirs. Elle estime que la nature discrète de ces appareils les distingue des téléphones et des caméras traditionnelles. Une personne peut en effet enregistrer ce qu’elle regarde sans nécessairement attirer l’attention de ceux qui l’entourent.

Certaines administrations ont déjà choisi de durcir leurs règles. En Australie, des conseils municipaux de Sydney, Brisbane et de la région de Melbourne ont interdit les lunettes intelligentes dans certaines piscines et certains vestiaires publics. Au Canada, CBC News a interrogé 12 grandes municipalités. Dix ont répondu et aucune n’avait encore jugé nécessaire d’adopter une interdiction spécifique, considérant que les règlements actuels visant les appareils capables d’enregistrer s’appliquent déjà aux lunettes intelligentes.

À Montréal, la Ville affirme que les règlements en vigueur dans ses installations aquatiques interdisent déjà la prise de photos et l’enregistrement vidéo dans les piscines et les vestiaires, peu importe l’appareil utilisé. Les lunettes intelligentes sont donc couvertes par les règles existantes. La Ville souligne également que certains nouveaux complexes disposent de vestiaires universels où la nudité n’est pas permise.

La Ville de Québec adopte une approche semblable. Tous les appareils électroniques capables d’enregistrer, de filmer ou de photographier sont interdits dans ses piscines et ses vestiaires. Les lunettes intelligentes sont explicitement comprises dans cette interdiction. Ottawa, Edmonton, Winnipeg, Toronto, Hamilton, Kitchener et Halifax disposent également de politiques qui limitent ou interdisent l’utilisation d’appareils d’enregistrement dans les vestiaires, toilettes ou certaines zones de loisirs.

Le problème avec les lunettes intelligentes réside cependant dans leur discrétion. Les modèles actuels disposent généralement d’un voyant lumineux signalant qu’un enregistrement est en cours, mais celui-ci n’est pas toujours facilement visible. Certains utilisateurs ont également tenté de modifier ou de contourner ces mécanismes de signalement.

Pour Caitlin Stockwell, une simple interdiction de filmer pourrait donc ne plus être suffisante. Elle propose plutôt d’interdire directement le port de lunettes capables d’enregistrer dans les espaces sensibles. Des panneaux permettraient aux autres usagers et au personnel de reconnaître plus facilement une infraction, plutôt que d’avoir à déterminer si une personne est réellement en train de filmer.

Le Canadian Centre for Child Protection se dit également préoccupé. Son directeur de la technologie, Lloyd Richardson, affirme que son organisation observe déjà des cas d’enregistrements clandestins d’enfants dans des toilettes, des garderies et des piscines. Selon lui, les lunettes intelligentes rendent simplement ce type de comportement plus difficile à détecter.

La question dépasse la simple présence d’une caméra supplémentaire dans l’espace public. Les téléphones intelligents ont rendu l’enregistrement omniprésent, mais leur utilisation reste généralement visible. Avec des lunettes connectées, la caméra se confond avec un objet que l’on porte naturellement sur le visage.

À mesure que ces appareils gagneront en popularité, les municipalités devront probablement déterminer si leurs règlements actuels sont suffisamment clairs pour protéger la vie privée des citoyens. Pour le moment, Montréal et plusieurs grandes villes canadiennes estiment que leurs règles couvrent déjà ces nouveaux appareils. Mais le débat amorcé à Vancouver montre bien que la frontière entre appareil personnel et caméra potentiellement invisible devient de plus en plus difficile à tracer.

Source : cbc

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