AMD rachète World Labs et mise 8,2 milliards sur l’IA spatiale de Fei-Fei Li

AMD franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’intelligence artificielle. Le fabricant de processeurs a conclu une entente pour acquérir World Labs, la jeune entreprise fondée par la chercheuse Fei-Fei Li, dans une transaction entièrement en actions évaluée à 8,2 milliards de dollars américains. Sous réserve des autorisations réglementaires et des conditions habituelles, la transaction devrait être conclue avant la fin de 2026.

Cette acquisition est importante parce que World Labs ne développe pas un autre modèle de langage destiné à rivaliser avec ChatGPT, Gemini ou Claude. L’entreprise travaille sur ce qu’elle appelle « l’intelligence spatiale », c’est-à-dire la capacité d’un système d’intelligence artificielle à comprendre un environnement en trois dimensions, à anticiper son évolution et éventuellement à agir à l’intérieur de cet environnement. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement pour une IA de comprendre des mots ou des images, mais de développer une représentation du monde physique.

World Labs développe pour cela des « world models », ou modèles du monde. Son premier produit commercial, Marble, permet déjà de transformer du texte, des images, des vidéos ou des plans 3D en environnements tridimensionnels persistants que l’utilisateur peut explorer et modifier. En septembre, l’entreprise a également présenté Atlas, un modèle capable de générer, reconstruire et simuler des environnements à partir de texte, d’images, de vidéos et de données 3D. World Labs affirme notamment qu’Atlas peut reconstruire une scène à partir de quelques images, générer de nouveaux points de vue et produire des représentations 3D utilisables dans différents logiciels.

L’intérêt dépasse largement la création d’images spectaculaires. Une intelligence capable de comprendre la géométrie d’une pièce, la position des objets, leurs mouvements et certaines conséquences d’une action pourrait devenir un élément essentiel des robots, des véhicules autonomes, des outils de conception industrielle, des jeux vidéo, des effets visuels et des simulateurs. World Labs travaille notamment sur des techniques permettant de transformer des scènes réelles en simulations dans lesquelles des robots peuvent être entraînés avant d’effectuer les mêmes tâches dans le monde physique.

Pour comprendre l’importance de l’acquisition, il faut aussi regarder qui est Fei-Fei Li. Professeure d’informatique à Stanford et cofondatrice du Stanford Institute for Human-Centered Artificial Intelligence, elle a dirigé le Stanford Artificial Intelligence Lab de 2013 à 2018. Elle a également été vice-présidente de Google et scientifique en chef pour l’IA et l’apprentissage automatique chez Google Cloud entre 2017 et 2018.

Son nom est surtout associé à ImageNet, l’un des projets qui ont profondément influencé l’évolution de la vision informatique moderne. ImageNet a constitué une immense base d’images annotées permettant d’entraîner et de comparer des systèmes capables de reconnaître des objets. Le projet et son concours annuel sont considérés comme ayant joué un rôle déterminant dans les progrès du deep learning appliqué à la reconnaissance visuelle. Stanford présente Fei-Fei Li comme l’inventrice d’ImageNet et de l’ImageNet Challenge.

Avec World Labs, Fei-Fei Li défend aujourd’hui une idée similaire pour la prochaine étape de l’intelligence artificielle : les machines devront comprendre autre chose que le langage. Elles devront apprendre les relations entre les objets, l’espace et le temps. World Labs résume cette ambition en développant des modèles capables de percevoir, générer, raisonner et interagir avec des mondes virtuels ou physiques.

World Labs est encore une entreprise très jeune, mais elle dispose déjà de moyens considérables. En février 2026, elle a annoncé une nouvelle ronde de financement de 1 milliard de dollars américains réunissant notamment AMD, NVIDIA, Autodesk et Fidelity. AMD connaissait donc déjà très bien l’entreprise avant d’en annoncer l’acquisition. Les deux groupes travaillaient également ensemble à l’optimisation de l’entraînement et de l’exécution des modèles de World Labs sur les processeurs graphiques d’AMD.

Après la conclusion de la transaction, Fei-Fei Li deviendra vice-présidente exécutive et scientifique en chef d’AMD et relèvera directement de la PDG Lisa Su. AMD ne récupère donc pas seulement une technologie ou une équipe. L’entreprise fait entrer l’une des figures les plus influentes de la recherche en vision informatique directement au sommet de son organisation scientifique.

Pour AMD, l’enjeu est aussi concurrentiel. Jusqu’ici, l’entreprise est surtout présentée comme le principal rival de NVIDIA dans les processeurs graphiques destinés à l’intelligence artificielle. Avec World Labs, AMD peut désormais participer beaucoup plus directement à la conception des modèles et des applications qui détermineront les besoins informatiques de demain. Lisa Su explique que cette expertise doit notamment aider AMD à concevoir ses futurs processeurs, logiciels et systèmes en fonction de l’évolution réelle des modèles d’IA.

Il faut en déduire que le fabricant AMD ne veut plus simplement fournir les moteurs qui font fonctionner l’intelligence artificielle. En mettant la main sur World Labs et sur l’expertise de Fei-Fei Li, le groupe cherche aussi à participer à la définition de ce que feront les prochaines générations d’IA, particulièrement lorsque celles-ci quitteront progressivement l’écran pour interagir avec des robots, des machines et le monde physique.

Sources : Reuters, Stanford

+++++++

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur
l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire