Écouteurs et audition : les signes qui devraient vous alerter

Les écouteurs sans fil sont devenus des compagnons permanents. Musique, podcasts, appels, visioconférences, certains les portent plusieurs heures par jour. Cette habitude n’est pas nécessairement dangereuse, mais elle peut le devenir lorsque le volume et la durée d’écoute dépassent ce que l’oreille peut supporter. Les données de l’Organisation mondiale de la santé, de Santé Canada et des autorités américaines confirment que le principal risque ne vient pas du Bluetooth ou du fait qu’un écouteur soit placé dans l’oreille, mais bien de l’exposition répétée à des niveaux sonores trop élevés.

Le phénomène est insidieux parce que les dommages peuvent s’accumuler lentement. Les sons trop puissants peuvent endommager les cellules sensorielles de la cochlée, dans l’oreille interne. Contrairement à celles de certaines espèces animales, ces cellules ne se régénèrent pas chez l’humain. Une fois suffisamment endommagées, la perte auditive peut donc devenir permanente.

Certains signes devraient être considérés comme des avertissements : sensation d’oreille bouchée après une séance d’écoute, sifflement ou bourdonnement, son momentanément étouffé, difficulté à comprendre une conversation dans un environnement bruyant ou besoin d’augmenter progressivement le volume de ses appareils. Santé Canada recommande de consulter un professionnel de la santé lorsque ces symptômes apparaissent ou persistent.

La règle essentielle est assez simple : plus le son est fort, moins longtemps on peut y être exposé. L’OMS estime qu’un niveau moyen de 80 décibels peut être écouté jusqu’à environ 40 heures par semaine. À 90 décibels, cette durée tombe à quatre heures. À 100 décibels, elle n’est plus que d’environ 20 minutes. Santé Canada donne un ordre de grandeur similaire et estime que des écouteurs utilisés autour de 100 décibels peuvent présenter un risque après une quinzaine de minutes d’exposition.

C’est pourquoi la recommandation souvent appelée règle du « 60-60 », soit ne pas dépasser environ 60 % du volume maximal et faire des pauses régulières, constitue un repère pratique, même si le pourcentage de volume ne correspond pas exactement au même niveau sonore sur tous les appareils. L’OMS et Santé Canada recommandent eux aussi de rester sous environ 60 % du volume maximal lorsque le niveau réel en décibels n’est pas connu.

Les fonctions intégrées aux téléphones intelligents peuvent également aider. Apple, par exemple, avertit ses utilisateurs lorsque leur exposition cumulée atteint certains seuils et permet de limiter automatiquement les sons trop forts. Un exemple utilisé par Apple est une exposition supérieure à 80 décibels pendant un total de 40 heures sur sept jours. L’iPhone peut aussi réduire automatiquement le niveau sonore dépassant une limite choisie par l’utilisateur.

La réduction active du bruit peut paradoxalement devenir un outil de protection. Dans un métro, un avion ou une rue bruyante, elle diminue le bruit ambiant et réduit ainsi la tentation de monter le volume pour couvrir l’environnement. L’OMS recommande d’ailleurs les écouteurs et casques bien ajustés dotés d’une réduction du bruit pour cette raison.

Il faut toutefois nuancer l’idée voulant que les gros casques recouvrant l’oreille soient nécessairement plus sécuritaires que les écouteurs intra-auriculaires. Un casque peut lui aussi produire des niveaux suffisamment élevés pour endommager l’audition. Le National Institute on Deafness and Other Communication Disorders estime que certains casques peuvent atteindre de 94 à 110 décibels à volume maximal. La technologie utilisée compte donc moins que le niveau réel envoyé à l’oreille et la durée d’exposition.

Même prudence avec les écouteurs dits « ouverts ». Certains utilisent effectivement la conduction osseuse, mais beaucoup de modèles récents utilisent simplement de petits haut-parleurs placés devant le conduit auditif. Le fait de laisser l’oreille ouverte peut réduire les problèmes associés au contact prolongé avec le conduit, mais ne protège pas automatiquement contre une exposition sonore excessive.

Les écouteurs intra-auriculaires peuvent aussi provoquer des problèmes qui n’ont rien à voir avec le niveau sonore. Leur présence prolongée peut favoriser l’irritation du conduit auditif, et l’insertion répétée d’objets dans l’oreille peut contribuer à pousser le cérumen plus profondément. Une accumulation importante de cérumen peut provoquer douleur, sensation d’oreille bouchée, acouphènes et diminution de l’audition. Mayo Clinic déconseille d’ailleurs d’introduire des objets dans le conduit pour tenter de retirer soi-même le cérumen.

Quant aux inquiétudes entourant les ondes Bluetooth, les données disponibles ne permettent pas de considérer les écouteurs sans fil comme un risque auditif comparable au bruit lui-même. Dans les recommandations des organismes de santé consultés, le danger clairement documenté reste l’exposition sonore excessive.

Le problème dépasse largement quelques utilisateurs intensifs. L’OMS estime aujourd’hui que plus d’un milliard de jeunes adultes dans le monde risquent une perte auditive permanente et évitable en raison de pratiques d’écoute dangereuses.

Autrement dit, ce ne sont pas les AirPods, les Galaxy Buds ou les autres écouteurs qui rendent sourd par leur seule présence. C’est surtout la combinaison volume, durée et répétition qui compte. Un sifflement après avoir retiré ses écouteurs ou l’impression que les sons sont temporairement étouffés ne devraient donc pas être considérés comme anodins. Ce sont précisément les signaux que l’OMS et les spécialistes de l’audition recommandent de prendre au sérieux.

Sources : who, mayo clinic, nidcd, apple, Canada

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