
Huawei présente une nouvelle architecture informatique destinée à réunir jusqu’à un million de processeurs au sein d’un même système logique. Baptisée Peerium, cette technologie cherche à compenser les limites de ses puces individuelles en misant sur la puissance collective de très grands ensembles de processeurs.
L’architecture repose sur trois principes : le traitement parallèle à plusieurs niveaux, l’adressage unifié de la mémoire et des connexions directes entre les différentes composantes. Huawei affirme ainsi pouvoir coordonner des processeurs, de la mémoire, du stockage et des équipements réseau comme s’ils appartenaient à un seul ordinateur.
Au cœur du système se trouve UnifiedBus, un protocole d’interconnexion développé par Huawei. Contrairement aux architectures qui emploient des technologies distinctes à l’intérieur d’un serveur et entre plusieurs serveurs, UnifiedBus propose un protocole commun pour l’ensemble du réseau. Huawei avance que cette approche réduit la latence et évite certaines pertes de performance causées par la conversion des données entre différents protocoles.
Le premier produit fondé sur cette architecture est l’Atlas 950 SuperPoD, équipé des processeurs Ascend 950. Une installation complète peut réunir jusqu’à 8 192 processeurs spécialisés dans l’intelligence artificielle. Plusieurs SuperPoD peuvent ensuite être regroupés pour former des grappes de centaines de milliers de processeurs.
Huawei indique qu’un SuperCluster comprenant 256 000 cartes informatiques est actuellement en déploiement et en phase d’essai. L’entreprise vise éventuellement des systèmes de plus d’un million de processeurs, mais cette capacité demeure pour l’instant un objectif architectural plutôt qu’un déploiement commercial démontré à cette échelle.
Cette stratégie répond directement aux sanctions américaines qui limitent l’accès de Huawei aux procédés de fabrication de semi-conducteurs les plus avancés. Incapable de rivaliser uniquement sur les performances d’une puce, le groupe chinois tente de réduire l’écart avec NVIDIA en optimisant les connexions entre un très grand nombre de processeurs. Reuters rapporte que Huawei a déjà livré plus de 1 000 systèmes utilisant ses précédents processeurs Ascend 910C.
Le logiciel demeure toutefois un défi majeur. L’écosystème CUDA de NVIDIA est utilisé depuis plusieurs années par les chercheurs et les développeurs en intelligence artificielle. Huawei soutient que cet avantage diminue avec l’arrivée de nouveaux langages et outils de programmation, mais des travaux indépendants font encore état de difficultés liées à la compatibilité, à la stabilité et à la migration de certaines applications vers la plateforme Ascend.
La capacité de production constitue un autre obstacle. Eric Xu, président tournant de Huawei, reconnaît que l’entreprise ne peut actuellement satisfaire toute la demande chinoise. Les déploiements internationaux devraient donc rester limités, tandis que Huawei estime que les pénuries touchant les composantes destinées à l’IA pourraient se prolonger jusqu’à la fin de la décennie.
Cette architecture illustre la réponse de Huawei aux restrictions technologiques occidentales : utiliser l’ingénierie des systèmes et des réseaux pour contourner les limites de fabrication de ses processeurs. La proposition est ambitieuse, mais ses performances réelles devront être confirmées à grande échelle et comparées dans des conditions indépendantes aux systèmes de NVIDIA et des autres fabricants.
Source : Huawei
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