
Le premier ministre Mark Carney met sur pied un Conseil national sur l’intelligence artificielle réunissant chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et dirigeants afin de conseiller directement le gouvernement sur sa politique en matière d’IA. Parmi les 13 membres annoncés figurent deux personnalités importantes de l’écosystème québécois, Yoshua Bengio et Valérie Pisano, de Mila.
Le Conseil devra notamment conseiller Ottawa sur l’accélération de l’adoption de l’intelligence artificielle, le développement d’entreprises canadiennes capables de devenir des acteurs internationaux et la création d’une infrastructure d’IA dite « souveraine ». Il devra aussi se pencher sur la sécurité des systèmes, la gouvernance de l’IA et les risques que cette technologie peut représenter pour les institutions démocratiques.
La composition du groupe reflète ces différents enjeux. Outre Yoshua Bengio et Valérie Pisano, on y retrouve notamment Ajay Agrawal, professeur à l’Université de Toronto et fondateur du Creative Destruction Lab, Sanja Fidler, chercheuse reconnue en vision artificielle, l’entrepreneur Jordan Jacobs, Michelle Zatlyn de Cloudflare, l’ancien dirigeant de la Banque Nationale Louis Vachon et Patrick Pichette, qui y siègera comme membre d’office.
Pour Valérie Pisano, présidente et cheffe de la direction de Mila, le Canada se trouve devant un changement technologique d’une ampleur exceptionnelle. Elle estime que le pays doit faire des choix qui permettront à la fois de développer une IA sécuritaire, de faire émerger des champions nationaux et de mettre les progrès technologiques au service de la population.
Yoshua Bengio insiste pour sa part sur la dimension sécuritaire. Le chercheur montréalais, fondateur de Mila et président de LawZero, explique vouloir contribuer aux travaux du Conseil afin de rendre l’IA plus sûre, protéger la démocratie et orienter son développement de manière à maximiser ses bénéfices pour la population canadienne.
Le nouveau Conseil s’inscrit dans la stratégie nationale L’IA pour tous, dévoilée par Ottawa en juin. Le gouvernement articule son plan autour de trois priorités : renforcer la confiance envers l’IA, favoriser son adoption dans l’économie et accroître le contrôle canadien sur les infrastructures et capacités jugées stratégiques.
Ottawa s’est fixé des objectifs particulièrement ambitieux. Le gouvernement souhaite faire passer le taux d’adoption de l’IA au Canada d’un peu plus de 12 % actuellement à 60 % d’ici 2034. Il affirme également vouloir générer 200 milliards de dollars de croissance économique supplémentaire et créer 250 000 emplois liés à l’IA au cours des cinq prochaines années. Ces chiffres constituent des objectifs gouvernementaux, et non des prévisions indépendantes.
Le Conseil n’aura toutefois aucun pouvoir décisionnel. Une petite équipe du Bureau du Conseil privé soutiendra ses travaux, mais les ministres et ministères fédéraux conserveront la responsabilité des politiques et de leur mise en œuvre.
Cette création confirme surtout la place croissante accordée par Ottawa à la notion de souveraineté numérique. Dans sa stratégie, le gouvernement ne parle plus uniquement de recherche ou d’innovation en IA. Il veut également agir sur la puissance de calcul, les infrastructures infonuagiques, l’adoption par les entreprises et la capacité du Canada à développer et exploiter certaines technologies selon ses propres règles.
Avec Yoshua Bengio et Valérie Pisano autour de la table, l’écosystème montréalais de l’intelligence artificielle disposera d’une voix directe dans cette nouvelle structure appelée à influencer l’évolution de la stratégie canadienne au cours des prochaines années.
Source : Cabinet du premier ministre du Canada, Mila
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