Meta recule sur la collecte de contenus Web, mais les éditeurs restent méfiants

Meta fait marche arrière après avoir provoqué une vive inquiétude dans le monde des médias. L’entreprise derrière Facebook, Instagram et WhatsApp a retiré de ses nouvelles conditions commerciales une formulation qui semblait l’autoriser à collecter massivement des contenus sur les sites Web de ses clients professionnels, notamment les éditeurs de presse, pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle. Une modification apportée après les révélations du Nieman Journalism Lab et les critiques de plusieurs spécialistes du droit numérique.

La controverse a commencé le 15 octobre, lorsque le Nieman Lab a révélé que les nouvelles conditions commerciales de Meta, prévues pour entrer en vigueur le 30 octobre, accordaient à l’entreprise des permissions particulièrement étendues. Les utilisateurs de comptes professionnels auraient notamment autorisé Meta à utiliser des robots automatisés pour explorer, analyser et récupérer les contenus de sites Web associés à leurs activités. Plus préoccupant encore, une disposition précisait que ces informations pouvaient servir à développer, améliorer et entraîner les produits et services de Meta, ce qui pouvait inclure ses systèmes d’intelligence artificielle.

Pour les éditeurs de presse, le problème était considérable. La plupart des médias utilisent les plateformes de Meta pour rejoindre leurs lecteurs, promouvoir leurs contenus et gérer leurs communautés. Selon les juristes consultés par le Nieman Lab, les nouvelles conditions auraient pu permettre à Meta de récupérer des articles journalistiques sans négocier de licences particulières avec leurs propriétaires. James Grimmelmann, professeur de droit numérique à l’Université Cornell, estimait que cette formulation ouvrait potentiellement la porte à une utilisation très large des contenus, y compris pour développer des services susceptibles de concurrencer les éditeurs eux-mêmes.

Devant les réactions, Meta a modifié son texte. The Verge rapporte que l’entreprise a supprimé le mot « entraîner » de la disposition controversée et limité les utilisations autorisées aux produits publicitaires et commerciaux. Meta affirme que ces changements ne modifient aucunement ses pratiques actuelles de collecte de données sur le Web. Selon son porte-parole, les propriétaires de sites peuvent toujours utiliser le fichier robots.txt pour indiquer aux robots d’exploration les contenus auxquels ils souhaitent interdire l’accès. L’entreprise assure également que ses nouvelles conditions ne lui donnent pas de droits supplémentaires permettant de contourner ces préférences.

Mais cette correction ne convainc pas tous les spécialistes. Dans une nouvelle analyse, le Nieman Lab rapporte que plusieurs juristes considèrent les permissions toujours trop larges. Même sans mention explicite de l’entraînement des modèles d’IA, les conditions permettent encore à Meta de recueillir des contenus pour développer ses produits commerciaux. Or, certains de ces produits pourraient eux-mêmes intégrer des fonctions d’intelligence artificielle. Les experts relèvent aussi que le texte ne garantit pas explicitement le respect des instructions robots.txt, malgré les assurances publiques de l’entreprise.

La réaction des organisations médiatiques illustre l’ampleur des inquiétudes. Le Conseil européen des éditeurs de presse a demandé aux autorités européennes d’examiner les nouvelles conditions, notamment sous l’angle du droit d’auteur et des abus de position dominante. Au Royaume-Uni, la News Media Association a réclamé une intervention gouvernementale. Aux États-Unis, la News/Media Alliance a également dénoncé des dispositions qu’elle juge abusives. Au cœur des critiques se trouve un déséquilibre commercial : les médias dépendent des plateformes numériques pour rejoindre leurs publics, tandis que ces mêmes plateformes souhaitent accéder aux contenus qui alimentent leurs services.

L’épisode montre que la bataille entourant l’utilisation des contenus journalistiques par l’intelligence artificielle dépasse largement la question technique de la collecte automatisée. Elle touche directement à la propriété intellectuelle, à la rémunération de l’information et au pouvoir des grandes plateformes. Meta a retiré les mots qui avaient déclenché la controverse, mais la question demeure entière : jusqu’où une entreprise technologique peut-elle aller dans l’exploitation des contenus publiés sur le Web simplement parce qu’un éditeur utilise ses services commerciaux ?

Source : The Verge

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