
La nomination d’Anne Nguyen au poste de ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, annoncée par le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon, représente un choix avantageux pour l’avenir technologique du Québec. Avec cette décision, le gouvernement confie un portefeuille stratégique à une personne qui connaît particulièrement bien les défis de l’adoption de l’intelligence artificielle, de la gestion des données et de la transformation numérique des organisations.
Élue députée de Prévost, Anne Nguyen arrive au gouvernement avec un parcours professionnel qui la distingue de nombreux responsables politiques appelés à superviser des dossiers technologiques. Elle n’a pas simplement observé l’évolution du numérique : elle a participé à sa mise en œuvre dans des organisations complexes, où l’innovation doit composer avec des contraintes budgétaires, organisationnelles et humaines.
Son expérience la plus directement liée à ses nouvelles fonctions est celle acquise au Conseil de l’innovation du Québec, où elle a été nommée directrice responsable de l’intelligence artificielle en janvier 2024. À ce poste, elle avait notamment pour mission de favoriser l’adoption de l’IA par les entreprises québécoises, de mobiliser l’écosystème de l’innovation et de contribuer aux réflexions entourant l’encadrement responsable de cette technologie. Elle a ainsi évolué au carrefour de la recherche, du développement économique et des politiques publiques, trois dimensions essentielles de son nouveau mandat. Et ce, en parcourant le Québec.
Mais c’est probablement son expérience dans le secteur de la santé qui constitue l’un de ses atouts les plus importants. Avant de rejoindre le Conseil de l’innovation, Anne Nguyen a notamment été responsable de la stratégie institutionnelle des données au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le CHUM. En 2023, elle y a travaillé à la mise en place d’une gouvernance des données, au développement des outils et des compétences nécessaires à leur exploitation, ainsi qu’à l’établissement d’une culture organisationnelle davantage fondée sur les données.
Cette expérience est particulièrement pertinente pour une ministre qui devra accompagner la transformation numérique de l’administration publique. Elle sait qu’intégrer de nouvelles technologies ne consiste pas simplement à acheter des logiciels ou à déployer des systèmes informatiques. Cela exige de revoir les façons de travailler, de former les employés, d’assurer la qualité des données et de convaincre les organisations de modifier leurs pratiques.
Auparavant, chez LGI Solutions Santé, anciennement Logibec, elle avait occupé le poste de directrice de l’analytique et de l’innovation. Elle y a contribué au développement de nouveaux produits analytiques et à une stratégie de diversification des revenus à l’extérieur du Québec. Cette étape de sa carrière lui donne une expérience du secteur privé et des réalités commerciales associées à l’innovation technologique.
À l’Institut de cardiologie de Montréal, elle avait également participé à la transformation numérique de l’établissement, notamment comme coordonnatrice de l’Hôpital numérique. Ses responsabilités comprenaient l’élaboration d’une feuille de route technologique, la coordination de plusieurs projets et le développement de partenariats internes et externes. Elle a aussi travaillé en développement organisationnel et en gestion du changement, deux disciplines souvent déterminantes dans la réussite des grands projets informatiques.
Ce parcours lui donne une compréhension relativement rare des différentes étapes de la transformation numérique, depuis la définition d’une stratégie jusqu’à son application concrète sur le terrain. Il lui permet également de mesurer les difficultés auxquelles se heurtent les organisations lorsqu’elles cherchent à moderniser leurs processus tout en assurant la continuité de leurs activités.
Son engagement dépasse également les dimensions techniques et économiques du numérique. Elle s’est impliquée dans la promotion de la place des femmes en sciences et en technologie. Elle est aussi membre du réseau Women4Ethical AI de l’UNESCO, qui s’intéresse aux enjeux éthiques et sociaux de l’intelligence artificielle. Cette sensibilité pourrait compter dans un contexte où les gouvernements doivent concilier les possibilités offertes par l’IA avec les questions de discrimination algorithmique, de protection des renseignements personnels et de confiance du public.
La nomination d’Anne Nguyen intervient alors que le Québec doit franchir une nouvelle étape dans son développement technologique. La province possède un écosystème de recherche en intelligence artificielle reconnu internationalement, mais la capacité de transformer cette expertise en applications concrètes et en gains de productivité demeure un enjeu majeur. Pour les PME, notamment, les obstacles à l’adoption de l’IA vont du manque de compétences au financement, en passant par la difficulté d’identifier les projets réellement rentables. Et c’est précisément sur ce terrain que son expérience, notamment au Conseil de l’innovation du Québec, pourrait devenir un avantage.
La question de la souveraineté numérique devrait également occuper une place importante dans son mandat. Anne Nguyen s’est déjà intéressée à la capacité du Québec de conserver une maîtrise suffisante de ses données, de ses infrastructures et de ses choix technologiques. Dans un marché dominé par les grandes plateformes américaines et les fournisseurs internationaux d’infonuagique, cet enjeu dépasse largement la seule question informatique. Il touche l’autonomie économique, la sécurité des informations et la capacité des institutions publiques à conserver le contrôle de leurs outils numériques.
Sa nouvelle fonction lui permettra aussi d’intervenir dans les discussions sur l’encadrement de l’intelligence artificielle. Pendant la campagne électorale, le Parti québécois avait proposé la création d’un comité d’experts consacré aux conséquences de l’IA sur différents secteurs de la société. La nouvelle ministre devra maintenant contribuer à définir les priorités du gouvernement, alors que les questions entourant l’utilisation des données, les transformations du travail, la propriété intellectuelle et la responsabilité des systèmes automatisés prennent de plus en plus d’importance.
Le véritable intérêt de cette nomination tient donc à la combinaison de plusieurs expériences complémentaires. Anne Nguyen connaît le fonctionnement des grandes institutions publiques, les réalités commerciales des entreprises technologiques, les défis liés aux données et les particularités de l’écosystème québécois de l’intelligence artificielle. Elle a aussi une expérience pratique de la gestion du changement, une compétence essentielle lorsqu’il est question de moderniser les services gouvernementaux.
Cela ne garantit évidemment pas la réussite de son mandat. L’expertise technologique ne remplace ni l’habileté politique, ni la capacité de négocier des budgets, de coordonner plusieurs ministères ou de faire avancer des réformes dans un appareil administratif complexe. Ce sont des compétences qu’elle devra démontrer dans ses nouvelles fonctions. Et c’est ainsi que pour Anne Nguyen, le défi sera désormais de passer du rôle de spécialiste et de promotrice de l’innovation à celui de décideuse politique. Et pour le Québec, cette nomination représente l’occasion de faire évoluer sa stratégie numérique, en accordant autant d’importance à l’adoption concrète des technologies qu’à la recherche et à l’innovation.
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