
Alors que la France, la Belgique et la Suisse viennent de passer à l’heure d’hiver, le Québec s’apprête à faire de même dans une semaine. Dans la nuit du samedi 31 octobre au dimanche 1er novembre 2026, à 2 h du matin, il sera de nouveau 1 h. Une heure de sommeil supplémentaire pour plusieurs, mais surtout le retour d’une pratique dont l’utilité est de plus en plus remise en question. Malgré les consultations publiques et les promesses politiques, le Québec continue de changer d’heure deux fois par année, contrairement à certaines provinces canadiennes qui ont décidé de mettre fin à cette tradition.
Au Québec, la volonté de mettre un terme au changement d’heure s’est clairement manifestée lors d’une consultation publique organisée à l’automne 2024. Selon les résultats dévoilés par le gouvernement en mars 2025, plus de 214 000 réponses avaient été recueillies et 91 % des participants souhaitaient abolir cette pratique. Parmi les répondants favorables à son abolition, 72 % préféraient conserver l’heure d’été toute l’année, afin notamment de profiter davantage de la lumière en fin de journée. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, puisqu’il s’agissait d’une consultation volontaire et non d’un sondage représentatif de l’ensemble de la population québécoise.
L’arrivée au pouvoir du Parti québécois pourrait relancer le dossier. Le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, dont le gouvernement minoritaire a été assermenté le 21 octobre, s’était montré favorable à l’abolition durant la campagne électorale. Le 21 septembre, il affirmait cependant vouloir consulter des experts avant de prendre une décision, tout en estimant probable la disparition du changement d’heure. Pour le moment, aucune nouvelle mesure n’a été annoncée. La question demeure complexe, notamment en raison de la nécessité de coordonner les horaires avec l’Ontario et les États américains voisins, particulièrement pour les transports, les entreprises et les échanges commerciaux.
En France, le passage à l’heure d’hiver a eu lieu dans la nuit du 24 au 25 octobre, à 3 h du matin, lorsque les horloges ont été reculées à 2 h. Instauré en 1976 dans le contexte des économies d’énergie qui ont suivi le choc pétrolier, le changement d’heure est aujourd’hui encadré par une réglementation européenne commune. En mars 2019, le Parlement européen avait voté en faveur de son abolition, avec une application initialement envisagée en 2021. Mais cette proposition n’a jamais franchi toutes les étapes législatives nécessaires. Le Conseil de l’Union européenne, qui représente les États membres, n’a toujours pas adopté sa position. Une nouvelle étude lancée par la Commission européenne en février 2026 examine dix scénarios possibles, notamment leurs conséquences sur la santé, l’énergie, les transports et les échanges transfrontaliers. Ses conclusions sont attendues d’ici la fin de l’année, mais aucune date d’abolition n’est actuellement fixée.
En Belgique, la situation est pratiquement identique à celle de la France. Les Belges ont également reculé leurs horloges d’une heure ce 25 octobre. Membre de l’Union européenne, le pays applique la directive qui harmonise les changements d’heure entre les États membres. Une éventuelle abolition devrait tenir compte des décisions prises notamment en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Luxembourg, avec lesquels la Belgique entretient d’importantes relations économiques et de transport. Le principal défi européen demeure le même : permettre aux pays de choisir leur heure permanente tout en évitant une multiplication des décalages horaires entre voisins.
La Suisse, bien qu’elle ne soit pas membre de l’Union européenne, applique également le calendrier européen. Son Institut fédéral de métrologie, METAS, a confirmé le retour à l’heure normale ce dimanche 25 octobre. Le pays conserve cette coordination avec ses voisins, ce qui facilite notamment les échanges et les déplacements internationaux. METAS rappelle par ailleurs l’importance d’une mesure extrêmement précise du temps pour les réseaux informatiques, les télécommunications, les transports et les opérations financières. Il faut toutefois distinguer cette synchronisation technique, indispensable au fonctionnement des infrastructures modernes, du choix politique de maintenir ou d’abolir les changements saisonniers d’heure.
Au-delà des considérations économiques, la santé constitue l’un des principaux arguments avancés dans ce débat. Les changements d’heure peuvent perturber temporairement le sommeil et les rythmes biologiques, particulièrement chez les enfants et les personnes ayant déjà des difficultés à dormir. Le passage à l’heure d’été au printemps suscite notamment des préoccupations puisqu’il retranche une heure à la nuit. Mais l’abolition du changement saisonnier ne règle pas automatiquement toutes les questions. Le choix entre l’heure d’été permanente et l’heure normale permanente soulève lui aussi des enjeux liés à l’exposition à la lumière naturelle, particulièrement le matin pendant l’hiver.
Pour les Québécois qui communiquent régulièrement avec l’Europe, ce décalage dans les calendriers entraîne une conséquence immédiate. Entre le 25 octobre et le 1er novembre 2026, Montréal n’aura que cinq heures de différence avec Paris, Bruxelles et Genève, plutôt que les six heures habituelles. Une réunion organisée à 15 h en Europe correspondra donc temporairement à 10 h à Montréal. Une semaine plus tard, le décalage habituel sera rétabli. Pendant que le Québec réfléchit à sa prochaine décision et que l’Europe poursuit ses discussions, une même interrogation demeure : à une époque où les appareils numériques ajustent automatiquement leurs horloges, est-il toujours pertinent d’imposer deux fois par année un changement d’heure à toute la population ?
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