
Même près de 50 ans après sa mort, Elvis Presley se retrouve au cœur d’une nouvelle bataille, cette fois contre l’intelligence artificielle. Les détenteurs des droits de son catalogue musical poursuivent Anthropic, l’entreprise américaine derrière l’assistant Claude, pour avoir prétendument utilisé 274 chansons du King afin d’entraîner ses modèles d’intelligence artificielle sans autorisation. La poursuite, déposée le 23 octobre devant un tribunal fédéral de Californie, réclame notamment 41,1 millions de dollars américains en dommages et intérêts.
Parmi les œuvres concernées figurent plusieurs classiques de la musique populaire, notamment All Shook Up, Can’t Help Falling in Love, Don’t Be Cruel et Return to Sender. Les plaignants, dont Authentic Brands Group, qui contrôle une partie importante des droits associés à Elvis Presley, réclament jusqu’à 150 000 dollars pour chacune des 274 compositions. Ils accusent Anthropic d’avoir copié ces œuvres sans licence, sans rémunérer leurs propriétaires et sans respecter les protections juridiques qui encadrent leur exploitation.
La poursuite va toutefois au-delà de la simple utilisation de paroles pour entraîner une intelligence artificielle. Les détenteurs des droits accusent également Anthropic d’avoir contourné certaines mesures de protection et supprimé ou modifié des renseignements permettant d’identifier les titulaires des droits d’auteur. Ils soutiennent que des copies des chansons auraient été conservées dans des bases de données internes destinées à l’entraînement des générations successives de Claude. Selon eux, l’assistant pourrait aussi produire des contenus reprenant des éléments protégés des compositions originales.
Pour les plaignants, cette affaire dépasse largement le catalogue d’Elvis Presley. Ils dénoncent un modèle économique qui, selon leurs accusations, reposerait sur l’exploitation massive d’œuvres protégées sans consentement ni compensation. L’enjeu est particulièrement important pour les détenteurs de catalogues musicaux historiques, dont la valeur commerciale dépend notamment des licences accordées pour les films, les publicités, les productions audiovisuelles et les nouvelles utilisations numériques.
Anthropic conteste les accusations et affirme vouloir se défendre devant les tribunaux. L’entreprise soutient plus généralement que l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner une intelligence artificielle peut relever du principe américain de fair use, ou utilisation équitable, qui autorise certains usages sans permission préalable. La question centrale consiste à déterminer si l’apprentissage effectué par un modèle d’IA constitue une utilisation suffisamment transformatrice des œuvres originales ou s’il porte atteinte aux droits et aux marchés des créateurs.
Cette nouvelle procédure s’ajoute à plusieurs autres poursuites visant Anthropic dans l’industrie musicale. En janvier 2026, Universal Music Group, Concord et ABKCO ont engagé une action réclamant potentiellement plus de trois milliards de dollars pour l’utilisation présumée de milliers d’œuvres protégées. Le 21 octobre, l’éditeur musical Reservoir a également poursuivi Anthropic pour des accusations concernant des paroles et des compositions de son catalogue, notamment des chansons associées à Joni Mitchell et Madonna. Ces procédures illustrent la multiplication des contestations judiciaires autour des données utilisées pour développer les grands modèles d’intelligence artificielle.
Le débat ne concerne d’ailleurs pas uniquement Anthropic. Des entreprises spécialisées dans la génération musicale, comme Suno, font également face à des contestations de l’industrie du disque. Parallèlement, certains acteurs privilégient désormais les accords de licence pour encadrer l’utilisation des catalogues musicaux dans l’entraînement des modèles. Deux approches se dessinent ainsi : celle des poursuites judiciaires pour obtenir réparation et celle des partenariats commerciaux permettant aux entreprises d’intelligence artificielle d’utiliser légalement certaines œuvres.
Avec cette poursuite, le catalogue d’Elvis Presley devient un nouveau symbole d’un affrontement qui pourrait redéfinir les règles de l’économie créative. Derrière les 41 millions de dollars réclamés se trouve une question fondamentale : une entreprise technologique peut-elle exploiter des décennies de création artistique pour développer un produit commercial sans rémunérer les détenteurs des droits ? La réponse dépendra notamment de l’interprétation du droit d’auteur américain par les tribunaux, dans un contexte où les modèles d’intelligence artificielle occupent une place grandissante dans la production culturelle.
Sources : pitchfork, latimes, reuters
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