
Le Québec pourrait bien vivre son dernier changement d’heure dans la nuit du samedi 31 octobre au dimanche 1er novembre. Le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a confirmé ce matin que son gouvernement entend mettre fin à cette pratique, tout en annonçant la tenue de consultations parlementaires pour déterminer si la province devrait conserver l’heure d’été ou l’heure normale tout au long de l’année.
« Samedi, il s’agit fort probablement de la dernière fois qu’on recule l’heure au Québec », a écrit le premier ministre dans une publication sur les réseaux sociaux. Il affirme vouloir agir rapidement, mais sans précipitation, en consultant les spécialistes avant de prendre une décision définitive. Cette annonce marque un changement de cap après plusieurs années de discussions et de consultations publiques qui n’avaient pas encore débouché sur une réforme.
L’annonce survient seulement deux jours après la publication, lundi, de mon article intitulé « Changement d’heure : le Québec hésite encore, pendant que l’Europe recule ses horloges ». J’y rappelais notamment que, malgré une forte opposition exprimée lors d’une consultation publique, le Québec continuait de modifier ses horloges deux fois par année. Le nouveau gouvernement péquiste n’avait alors annoncé aucune mesure concrète. La situation vient donc d’évoluer.
Le premier ministre justifie cette orientation par les conséquences du changement d’heure sur la santé et le quotidien des familles. Selon lui, plusieurs études démontrent que cette pratique perturbe les rythmes biologiques et complique particulièrement l’adaptation des enfants. Il souligne également que le Parti Québécois réclame depuis plusieurs années une remise en question de cette tradition.
Le gouvernement prévoit maintenant entendre des experts dans le cadre d’une courte commission parlementaire, dont les consultations devraient débuter au cours des prochains mois. L’objectif sera non seulement de confirmer les avantages d’une abolition, mais surtout de déterminer quelle heure conserver en permanence. Car si la fin des changements saisonniers semble faire largement consensus, le choix entre l’heure d’été et l’heure normale demeure un enjeu important. Et un projet de loi devrait être déposé prochainement par la ministre de la Justice.
La consultation publique menée par le gouvernement Legault à l’automne 2024 avait d’ailleurs révélé une préférence marquée pour l’abolition. Parmi les quelque 214 000 personnes ayant répondu, 91 % souhaitaient mettre fin au changement d’heure. Chez les répondants favorables à cette abolition, 72 % préféraient conserver l’heure d’été toute l’année. Ces résultats témoignent d’une forte mobilisation, même si cette consultation volontaire ne constituait pas un sondage représentatif de la population québécoise.
Le choix définitif pourrait toutefois être plus complexe qu’il n’y paraît. Plusieurs spécialistes du sommeil privilégient l’heure normale permanente, qui correspond davantage aux rythmes biologiques humains et favorise l’exposition à la lumière naturelle le matin. L’heure d’été permanente permettrait plutôt de profiter de soirées plus lumineuses, particulièrement appréciées pendant les mois d’hiver. Le gouvernement devra également tenir compte des conséquences sur les transports, les entreprises et les échanges avec l’Ontario et les États américains voisins.
Comme je le rappelais lundi, le débat dépasse largement les frontières québécoises. L’Union européenne discute elle aussi depuis plusieurs années de l’abolition des changements saisonniers, sans avoir réussi à s’entendre sur une application commune. La France, la Belgique et plusieurs autres pays européens viennent d’ailleurs de reculer leurs horloges, tandis qu’une nouvelle étude européenne examine les conséquences de différents scénarios sur la santé, l’économie et les échanges transfrontaliers.
Dans l’immédiat, les Québécois devront tout de même reculer leurs horloges d’une heure dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. À 2 h du matin, il sera de nouveau 1 h. Ce passage à l’heure normale pourrait néanmoins être le dernier si le gouvernement respecte son intention d’abolir la pratique avant le prochain cycle annuel.
Le premier ministre adresse d’ailleurs un message particulier aux parents, souvent les premiers à subir les perturbations des horaires de sommeil de leurs enfants. « Ceci est probablement la dernière année durant laquelle nous nous imposons de telles contraintes inutiles », écrit-il.
Reste maintenant à transformer cette intention politique en modification législative. Le gouvernement doit encore choisir l’heure qui régira le Québec toute l’année et préciser son calendrier. Mais pour la première fois depuis le retour du débat sur la place publique, la question n’est plus seulement de savoir si le Québec doit abolir le changement d’heure, mais comment et à quel moment il le fera.
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