Quand l’IA monétise la misère

Sur Instagram, sur TikTok, les images d’animaux sauvés des flammes, de pompiers héroïques ou de drapeaux palestiniens flottant au-dessus de villes en ruine suscitent l’émotion. Mais souvent, ces scènes ne sont pas réelles. Elles sont générées par intelligence artificielle, pensées pour frapper l’imaginaire… et surtout pour générer des clics.

Le compte FutureRiderUS en est un exemple frappant. Au départ, il diffusait des vidéos de motos dans des décors futuristes. Mais au moment des feux en Californie, il a changé de cap. Une vidéo d’un panneau Hollywood en flammes lui a valu un million de vues. Une autre, montrant un pompier portant deux oursons, a explosé à 45 millions. Des scènes inventées, générées par IA, qui ont rapporté gros.

Difficile de savoir précisément combien l’auteur a empoché, mais avec un taux moyen estimé de 100 à 120 $ par million de vues, on parle de plusieurs milliers de dollars engrangés en quelques jours. Et le compte n’a pas ralenti : une série de vidéos toujours plus émouvantes, toujours plus irréelles, ont suivi. Même une séquence d’un cygne agonisant sur l’autoroute a été publiée. Tout y passe, du moment que ça attire l’œil.

L’auteur se défend : il veut « sensibiliser » aux catastrophes. Pourtant, aucun lien vers des organismes de soutien, aucune mention d’initiatives locales. Ce qu’on y trouve plutôt, c’est un lien vers une formation à 19,99 $ pour apprendre à « faire du contenu viral avec l’IA ». Une méthode de création rapide — moins de 30 minutes par vidéo — reposant sur des outils comme Sora.ai.

Et ça fonctionne. Des centaines de millions de vues, un modèle d’affaires axé sur le profit pur. Même les mentions « contenu IA » sont discrètes, reléguées à un minuscule coin de l’interface Instagram, visible uniquement si on cherche.

FutureRiderUS affirme respecter les règles. Techniquement, il a raison. Instagram, comme d’autres plateformes, permet ce type de publication sans étiquette claire. Tant que ça génère de l’engagement, Meta y trouve son compte.

L’histoire de FutureRiderUS illustre une tendance préoccupante : l’économie du contenu alimentée par l’IA récompense le choc visuel au détriment de la vérité. Aujourd’hui ce sont les incendies, demain ce sera un conflit ou une autre tragédie. Tant que le modèle d’affaires repose sur les émotions et non sur l’éthique, la désinformation visuelle continuera de prospérer.

(Source : 404 Media )

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