
Au cœur de la guerre numérique qui fait rage, une unité d’élite de Microsoft s’est imposée comme un pilier de la cyberdéfense américaine, traquant sans relâche les pirates étatiques. Le Microsoft Threat Intelligence Center (MSTIC), composé majoritairement d’anciens du renseignement et de l’armée, travaille en étroite collaboration avec les agences gouvernementales pour débusquer les menaces les plus sophistiquées. Une position stratégique qui pourrait néanmoins être remise en question par les aléas de la politique.
L’histoire récente de Salt Typhoon, un groupe lié au gouvernement chinois ayant infiltré neuf entreprises de télécommunications américaines, dont AT&T et Verizon, et dérobé les données personnelles de millions d’Américains, dont celles de figures politiques comme Donald Trump et Kamala Harris, est un exemple frappant de l’audace de ces attaques. C’est le MSTIC qui, grâce à des indices quasi imperceptibles dans le trafic réseau, a été le premier à identifier la présence de ces intrus.
La force du MSTIC réside dans l’immense visibilité de Microsoft sur le cyberespace. Avec Windows équipant plus d’un milliard d’ordinateurs, une division de cloud computing au service de 95 % des entreprises du Fortune 500 et un flux quotidien de milliards de messages et d’appels, l’entreprise est idéalement placée pour repérer les activités suspectes. Comme le souligne Anne Neuberger, ancienne conseillère adjointe à la sécurité nationale pour le cyber et les technologies émergentes : « Si les produits d’une entreprise sont déployés sur des millions de systèmes, elle est plus susceptible de savoir ce qui est normal et de repérer quelque chose d’anormal. »
Cependant, cette puissance ne rend pas Microsoft invulnérable. La société a elle-même été la cible de cyberattaques à plusieurs reprises, ce qui lui a valu un rapport cinglant du gouvernement américain l’an dernier. En réponse, le PDG Satya Nadella a réorganisé les opérations de cybersécurité de l’entreprise, triplant le nombre de spécialistes traquant les pirates étatiques.
L’objectif du MSTIC n’est pas d’éradiquer totalement la menace, mais de ralentir les adversaires, de les perturber avant qu’ils ne puissent causer des dégâts majeurs. Jason Norton, le chef du MSTIC, l’affirme sans détour : « Vous n’allez jamais arrêter ces gens, honnêtement. » Son travail consiste à rendre la réussite des attaques beaucoup plus coûteuse pour les adversaires.
Créé en 2014 par John Lambert, le MSTIC recrute des experts avec une connaissance approfondie des langues et de la géopolitique des pays associés aux groupes de piratage, ainsi qu’une expérience gouvernementale ou militaire. Des analystes comme Judy Ng, qui étudie la doctrine militaire chinoise pour anticiper les tactiques des pirates, ou Michael Matonis, qui décrypte les discussions sur Telegram pour détecter les menaces russes, illustrent la diversité des compétences au sein de l’équipe.
La collaboration entre le MSTIC et les agences gouvernementales est complexe. Si Microsoft a détecté Salt Typhoon chez un opérateur télécom, les responsables américains ont d’abord repéré des signes du groupe sur un réseau gouvernemental. L’échange d’informations, parfois classifiées ou confidentielles, s’apparente à un immense puzzle où chaque pièce est cruciale.
L’unité s’est également attaquée à la désinformation, une menace grandissante. En 2022, Microsoft a acquis Milburo, une firme dirigée par Clint Watts, un ancien officier d’infanterie et agent du FBI, renommée ensuite Threat Analysis Center (MTAC). Basé à New York, le MTAC étudie comment des réseaux pro-Pékin affinent leurs messages pour manipuler l’opinion américaine, cherchant non pas à changer les votes, mais à approfondir les divisions partisanes.
Malgré les avancées du MSTIC, la menace évolue rapidement. L’utilisation de l’intelligence artificielle par les pirates, combinée aux failles persistantes dans les réseaux américains, représente un défi constant. De nombreuses petites entreprises, notamment dans le secteur des services publics, manquent des ressources nécessaires pour renforcer leur cybersécurité, créant des points d’entrée vulnérables.
Dans les mois et années à venir, Microsoft devra reconstruire ses relations avec les responsables américains, un processus qui s’annonce d’autant plus délicat sous une administration Trump. Comme le résume le sénateur américain Ron Wyden : « La cybersécurité est un sport d’équipe. Le gouvernement ne peut pas agir seul, il a besoin de l’aide de l’industrie. » Un défi de taille pour cette unité d’élite, garante d’une partie cruciale de la sécurité numérique américaine.
+++
Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

