Face à l’IA, les syndicats culturels québécois lancent un appel pour défendre la création humaine

Les présidents et présidentes des six principaux syndicats culturels du Québec, AQTIS 514 IATSE, ARRQ, GCR Québec, GMMQ, SARTEC et UDA, unissent leur voix dans un manifeste percutant intitulé L’art est humain!. Ce plaidoyer, dévoilé lors du symposium Face à l’IA : Agir pour l’avenir de nos métiers au Centre Mont-Royal, appelle les gouvernements à agir de toute urgence face aux menaces que représente l’intelligence artificielle dans le secteur des arts.

Dans une salle rassemblant près de 400 professionnels de l’industrie culturelle, les représentants syndicaux ont dénoncé l’usage abusif de l’IA, qui exploite sans autorisation ni rétribution les œuvres, les voix, les textes ou encore les images d’artistes. Ils décrivent une situation critique : celle d’une culture grugée « donnée par donnée », dans une indifférence réglementaire alarmante.

Au cœur du manifeste, sept demandes précises sont adressées aux instances gouvernementales. Parmi elles, la création d’un cadre réglementaire strict et incontournable, la reconnaissance que seules les œuvres humaines peuvent être protégées par le droit d’auteur, ainsi que l’obligation d’identifier clairement tout contenu généré par l’IA.

L’un des axes majeurs du manifeste est de rappeler que l’innovation technologique ne peut se substituer à la création humaine. L’art n’est pas un produit automatisable, mais une expression intime de la condition humaine. L’IA, qui recycle et réassemble des œuvres existantes sans conscience ni intention, ne peut prétendre à la même légitimité créative. En ce sens, l’argument du progrès ne peut servir à justifier des dérives qui appauvrissent la diversité culturelle.

Les auteurs du manifeste dénoncent également le faux récit de la « révolution » de l’IA. Selon eux, nous ne vivons pas une révolution, mais une évolution technologique qui appelle à la prudence, au dialogue et à une régulation rigoureuse. Cette approche posée est essentielle pour préserver l’équilibre entre innovation et respect des valeurs fondamentales de la démocratie culturelle.

Enfin, le manifeste met en garde contre le danger d’une IA façonnée sans cadre éthique clair. Dans un contexte où les multinationales imposent leurs règles, il est impératif que le Québec et le Canada affirment leur souveraineté culturelle. L’encadrement de l’IA doit se faire avec les artistes, pour les artistes, dans le respect de la langue, des droits, et des visions singulières qui composent le tissu artistique d’ici.

Les syndicats plaident également pour l’intégration du principe « A.R.T. », Autorisation, Rétribution, Transparence, comme boussole des politiques publiques encadrant le développement de l’intelligence artificielle, en particulier dans les programmes de financement culturel.

L’initiative reçoit d’ores et déjà un large appui de la part d’acteurs nationaux et internationaux, dont ACTRA Montréal, la FTQ, la FIA, la FERA, l’UNEQ, ou encore la Writers Guild of Canada. Tous expriment leur solidarité envers la défense de la création humaine et de la diversité culturelle.

Avec ce manifeste, les artistes et artisans du Québec affirment haut et fort leur refus d’un avenir où la machine remplacerait la sensibilité humaine. Le texte est disponible pour signature publique à l’adresse lartesthumain.com.

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