Quand l’intelligence artificielle s’invite dans les coulisses du porno

Credit : ChatGPT

En 2025, les performeurs et performeuses de l’industrie pour adultes ne se contentent plus d’être devant la caméra : ils doivent aussi gérer l’écriture, le marketing, le service client… et pour cela, plusieurs misent désormais sur les modèles de langage.

À l’époque des grandes maisons de production comme Vivid ou Digital Playground, tourner une scène consistait surtout à livrer une bonne performance. Aujourd’hui, avec la domination de plateformes comme OnlyFans ou ManyVids, les artistes doivent tout produire eux-mêmes : écrire des scripts, éditer les vidéos, interagir avec leurs abonnés. Cette mutation exige une charge mentale et créative difficile à soutenir au quotidien.

C’est là que les intelligences artificielles génératives comme ChatGPT entrent en jeu. La performeuse Ela Darling, figure pionnière du porno en réalité virtuelle, utilise l’IA pour gérer la rédaction de réponses à ses fans, notamment lors de périodes de fatigue. « Ça me permet d’opérer à 90 % quand je suis à 30 % », confie-t-elle. Grâce à l’entraînement personnalisé de ChatGPT avec ses anciens messages, elle peut maintenir une relation constante avec sa communauté.

Cette adoption d’outils d’IA va parfois jusqu’à redéfinir la nature même du contenu produit. Certains artistes commencent à expérimenter des récits interactifs ou des expériences personnalisées à partir de générateurs de texte, transformant ainsi leurs productions en expériences semi-participatives, où le spectateur influence le scénario. Ce type de contenu, encore marginal, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle forme d’intimité numérique.

La créativité, autrefois l’apanage des studios, est désormais une compétence que les artistes doivent mobiliser seuls. Erika Amore, active sur OnlyFans depuis 2020, confie que ChatGPT l’aide à concevoir des scénarios pour des demandes sur mesure, souvent très spécifiques, comme des mises en scène de « géante sexy ». Même les messages coquins peuvent être générés par l’IA, en contournant habilement les limites d’usage des plateformes.

Devant ces restrictions, certains ont décidé de créer leurs propres outils. C’est le cas de MelRose Michaels avec GPTease, un robot conversationnel conçu par et pour les travailleurs du sexe. Cette IA offre des services adaptés : rédaction de scripts, messages personnalisés, recommandations de prix… tout en respectant la confidentialité et les besoins du milieu.

L’essor de ces outils fait aussi émerger une forme de solidarité technologique. Sur Reddit ou Discord, des communautés de créateurs et créatrices échangent des astuces pour tirer le meilleur parti de l’IA, partager des prompts optimisés ou tester collectivement de nouveaux agents conversationnels. Loin d’être isolés, les artistes s’organisent pour apprendre ensemble à apprivoiser cette technologie.

Mais cette automatisation ne séduit pas tout le monde. Mistress Lark, dominatrice à Hollywood, apprécie l’IA pour planifier son année ou rédiger ses infolettres, mais refuse de l’utiliser dans ses échanges avec ses clients. « J’aime comprendre comment fonctionne le cerveau des gens », dit-elle, craignant une déshumanisation du lien.

Et puis, une inquiétude plus globale émerge : si l’IA menace les emplois traditionnels, que deviendra la clientèle même de cette industrie ? « Si mes clients perdent leur travail, ils ne pourront plus me payer », résume Princess Fawn, modèle fétichiste.

Dans un secteur où l’authenticité et la créativité sont au cœur du succès, l’intelligence artificielle n’est pas un substitut, mais un outil d’optimisation. Reste à savoir si, dans un monde transformé par l’IA, les humains auront toujours les moyens et le désir de rester clients.

Source : The Verge

+++

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire