
LAS VEGAS – L’entreprise canadienne Voxelis AI, cofondée par Colin O’Neill, s’attaque à un problème bien réel dans la gestion des feux de forêt : la quasi-absence de données précises en temps réel provenant des aéronefs qui interviennent sur les incendies. À l’aide de capteurs à bas coût et de puissantes capacités de calcul en périphérie, l’entreprise propose de moderniser une flotte vieillissante sans exiger l’achat de nouveaux appareils.
Colin O’Neill connaît ce milieu de l’intérieur. Pilote d’hélicoptère de deuxième génération et formé en géographie, en télédétection et en systèmes d’information géographique, il a passé des années dans l’industrie du vol opérationnel. Avant Voxelis AI, il avait déjà cofondé Terron Systems, un fabricant d’équipements pour l’aviation. Ce double parcours, technique et aéronautique, a façonné l’idée de départ : tirer parti de la nouvelle génération de capteurs et d’ordinateurs embarqués pour équiper les hélicoptères et avionnefs déjà en service dans la lutte contre les feux.
En entrevue, il rappelle que la plupart des appareils utilisés au Canada ont environ 20 ans et qu’ils ne collectent pratiquement aucune donnée utile pour les analystes. Dans un contexte de pénurie de pilotes et d’intensification des incendies, il devient essentiel d’obtenir davantage d’information sans multiplier les aéronefs spécialisés à très haut coût. La proposition de Voxelis est simple : un module léger et certifié, capable de capter des images optiques, thermiques et des données environnementales, puis de les traiter directement à bord avant de les transmettre aux équipes au sol.
Cette approche permet d’offrir une résolution et une flexibilité comparables à celles des drones, tout en évitant leurs limites opérationnelles. O’Neill rappelle qu’en contexte d’incendie, un drone ne peut pas partager l’espace aérien avec des appareils de lutte actifs. À l’inverse, un hélicoptère équipé de Voxelis peut voler en plein cœur de l’intervention et capturer des données impossibles à obtenir autrement, même lorsque la fumée ou les nuages limitent l’observation satellite. Selon lui, c’est précisément dans ces environnements que les besoins sont les plus critiques.
Si le feu de forêt demeure la première application commerciale, Voxelis voit plus loin. Une fois l’équipement certifié et installé, l’appareil devient une plateforme de collecte de données capable de remplir d’autres missions, comme l’inspection de pipelines, de lignes électriques ou encore la cartographie aérienne. L’entrepreneur évoque même la possibilité d’un modèle à la demande, où les aéronefs déjà équipés seraient sollicités pour capturer des données à la volée lorsqu’ils survolent une zone d’intérêt.
Pour y arriver, la principale difficulté n’a pas été technologique, mais réglementaire. La certification aéronautique, indispensable pour autoriser l’installation du capteur sur un appareil, représente un travail considérable. Voxelis a obtenu ses premières autorisations, mais chaque modèle d’aéronef et chaque pays nécessiteront de nouvelles démarches. O’Neill estime toutefois que cette étape deviendra plus simple avec le temps, l’entreprise ayant déjà bâti son expertise.
Un autre défi touche à la gestion des données. Les opérateurs de la flotte, les utilisateurs finaux et Voxelis doivent établir un cadre clair sur l’usage, la confidentialité et l’entraînement des modèles. L’entreprise dit avoir conçu son système pour offrir une grande transparence et instaurer un climat de confiance, un élément crucial dans un contexte où les questions de souveraineté numérique prennent de l’importance.
Pour l’avenir, O’Neill croit que ce type d’équipement pourrait devenir un standard de l’industrie. Si les coûts diminuent, il imagine un réseau global où des milliers d’appareils, hélicoptères et avions confondus, serviraient d’infrastructure de collecte de données en continu. Voxelis, en tant que pionnier d’une solution certifiée et conçue pour être déployée à grande échelle, vise à devenir l’un des acteurs de référence dans ce domaine.
Pour l’instant, l’entreprise avance discrètement, préférant consolider sa technologie plutôt que de rechercher une visibilité rapide. Mais à mesure que ses capteurs se déploieront sur le terrain, il est probable que l’industrie portera un regard de plus en plus attentif sur cette approche qui pourrait redéfinir la gestion opérationnelle des incendies et ouvrir la voie à de nouveaux usages de l’aviation existante.
Transparence : Cet article a été rédigé lors d’un voyage de presse invité par AWS, sans aucun droit de regard d’AWS sur mon contenu.
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