
L’Australie impose désormais de nouvelles règles de sécurité en ligne obligeant certains services numériques à vérifier l’âge des utilisateurs. Les plateformes proposant des jeux classés R18+, du contenu pornographique ou des services générant du matériel sensible doivent confirmer que les internautes ont au moins 18 ans avant d’y accéder.
Ces mesures, introduites par la commissaire australienne à la sécurité en ligne, Julie Inman‑Grant, visent à limiter l’exposition des jeunes à des contenus violents, pornographiques ou liés à l’automutilation. Les entreprises concernées, moteurs de recherche, boutiques d’applications, réseaux sociaux, plateformes de jeux ou robots conversationnels, doivent mettre en place leurs propres systèmes de vérification conformes aux lois australiennes sur la vie privée. En cas de non-respect, les sanctions peuvent atteindre 49,5 millions de dollars.
Concrètement, les plateformes devront empêcher les mineurs de télécharger des applications classées R18+, vérifier l’âge des utilisateurs avant l’accès à certains services de messagerie ou de jeux, et flouter par défaut dans les moteurs de recherche les résultats contenant du contenu pornographique ou violent pour les utilisateurs non connectés. Les systèmes d’intelligence artificielle capables de générer du contenu explicite devront également confirmer que l’utilisateur est majeur.
Pour les autorités australiennes, ces mesures transposent simplement au monde numérique les règles déjà appliquées dans la vie quotidienne. Selon Julie Inman-Grant, il s’agit d’instaurer en ligne des protections comparables à celles qui empêchent les mineurs d’entrer dans des bars, des casinos ou des boutiques pour adultes.
Mais plusieurs chercheurs soulèvent des inquiétudes. Pour Daniel Angus de la Queensland University of Technology, ces nouvelles obligations pourraient marquer la fin de l’anonymat sur internet. L’obligation d’authentifier son âge risque d’accroître la quantité de données personnelles collectées par les plateformes et les services de vérification.
Même constat du côté de Dana McKay à la RMIT University, qui rappelle que dans le monde physique, montrer une pièce d’identité ne signifie pas qu’un commerce en conserve une copie. En ligne, la question devient plus complexe : il faut s’assurer que les données recueillies lors de la vérification ne soient ni stockées ni réutilisées.
Les experts rappellent que la sécurité de ces systèmes reste un enjeu. En 2025, une fuite de données chez Discord avait exposé des photos de pièces d’identité appartenant à environ 70 000 utilisateurs lors d’un incident de sécurité.
Pour le professeur Tama Leaver de la Curtin University, la question centrale reste l’équilibre entre protection des mineurs et respect de la vie privée. Selon lui, la société devra déterminer jusqu’où elle accepte d’aller dans la vérification d’identité pour sécuriser l’accès au web.
Ce débat dépasse maintenant l’Australie, alors que plusieurs gouvernements, notamment en Europe et en Amérique du Nord, étudient déjà des mécanismes similaires pour encadrer l’accès des mineurs à certains contenus en ligne. La question reste ouverte : comment protéger les jeunes sans transformer internet en espace entièrement surveillé.
Source : ABC
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