
Les industries de l’intelligence artificielle et des cryptomonnaies sont devenues de nouveaux acteurs majeurs du financement politique aux États-Unis. Selon des données rapportées par le New York Times, ces deux secteurs disposent ensemble d’environ 250 millions de dollars pour influencer les élections et le débat réglementaire autour de leurs technologies.
Face à cet afflux d’argent, certains candidats adaptent désormais leur discours public pour envoyer des signaux aux acteurs de ces industries. Sur leurs sites de campagne ou sur les réseaux sociaux, ils multiplient les références à l’innovation, à la blockchain ou à la nécessité d’un cadre réglementaire « clair » pour l’intelligence artificielle. Ces formulations, souvent très techniques, sont interprétées dans les milieux technologiques comme des marqueurs de soutien susceptibles d’attirer des financements politiques.
Plusieurs groupes de financement politique jouent un rôle central dans cette stratégie. L’un des principaux comités d’action politique pro-IA, Leading the Future, est notamment financé par 25 millions de dollars de la firme de capital-risque Andreessen Horowitz, ainsi que par 12,5 millions chacun de Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, et de son épouse Anna Brockman. Ce groupe soutient des candidats républicains et démocrates favorables à une approche dite « pro-innovation » de la régulation.
Cette stratégie s’inspire largement du précédent créé par l’industrie des cryptomonnaies lors du cycle électoral de 2024. À cette époque, les organisations liées au secteur avaient investi massivement dans les élections primaires et générales afin de soutenir des candidats favorables aux actifs numériques ou de contrer ceux qui défendaient une régulation plus stricte.
Aujourd’hui, les deux secteurs utilisent des mécanismes similaires. Le principal super PAC pro-crypto, Fairshake, disposait au début de l’année d’environ 193 millions de dollars pour financer des campagnes. Dans certaines courses électorales, ce groupe a dépensé plusieurs millions pour soutenir des candidats favorables aux cryptomonnaies ou pour attaquer leurs opposants.
Cette influence croissante suscite des critiques de la part d’organisations de surveillance de la vie démocratique. Tiffany Muller, présidente du groupe End Citizens United, estime que les sites web de campagne servent désormais davantage à envoyer des signaux aux grands donateurs qu’à informer les électeurs sur les positions politiques des candidats.
Les candidats concernés défendent toutefois une lecture différente. Selon eux, l’intelligence artificielle et les technologies blockchain sont parmi les enjeux économiques majeurs des prochaines décennies, et il est normal que les campagnes électorales abordent ces sujets.
La rivalité entre les différentes visions de l’IA se manifeste également dans la politique. Un second réseau de financement politique, Public First, soutenu notamment par la start-up Anthropic, appuie des candidats favorables à une régulation plus stricte de l’intelligence artificielle, créant parfois une opposition directe avec les groupes proches d’autres entreprises du secteur.
Au final, la montée en puissance financière de l’IA et des cryptomonnaies transforme progressivement la politique américaine. Comme autrefois les industries pétrolières, pharmaceutiques ou technologiques, ces nouveaux secteurs cherchent désormais à peser directement sur la composition du Congrès et sur les règles qui encadreront leur développement.
Source : NY Times
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