
La musique générée par intelligence artificielle n’est plus un phénomène marginal sur Deezer. La plateforme française affirme que près de 44 % des titres mis en ligne chaque jour sont désormais créés par IA, soit environ 75 000 morceaux quotidiens. Il y a un an, cette proportion se situait encore sous la barre des 20 %.
Cette progression rapide montre à quel point les outils de création automatisée se sont imposés dans l’univers musical. En quelques mois, Deezer est passée de 10 % de morceaux générés par IA en janvier 2025 à 18 % en avril, puis à 34 % en novembre, avant d’atteindre aujourd’hui presque un titre sur deux.
Pour autant, cette masse de nouvelles chansons ne se traduit pas encore par une domination à l’écoute. Deezer assure que ces morceaux ne représentent qu’entre 1 et 3 % du total des écoutes sur la plateforme. Autrement dit, l’offre explose, mais la demande du public demeure encore limitée.
Face à cette montée en puissance, l’entreprise dit avoir choisi une approche plus interventionniste que celle de ses concurrents. Deezer affirme être la seule grande plateforme de diffusion musicale à identifier systématiquement les morceaux conçus par IA. Elle indique aussi retirer ces titres de ses recommandations et démonétiser ceux qui sont repérés comme frauduleux.
Pour Alexis Lanternier, directeur général de Deezer, l’enjeu dépasse désormais la simple nouveauté technologique. Il s’agit d’un dossier lié à la protection des artistes, à la fraude et à l’intégrité de l’écosystème musical. La plateforme soutient qu’il est possible de réduire fortement les abus liés à l’IA, mais elle appelle aussi l’ensemble de l’industrie à se mobiliser.
Cette situation nourrit les inquiétudes d’un milieu musical déjà ébranlé par l’arrivée de l’IA générative. Artistes, producteurs et ayants droit redoutent d’être noyés dans un flot de contenus artificiels produits à très grande échelle. Aux États-Unis, le phénomène a déjà pris de l’ampleur, avec de faux chanteurs d’IA bien classés en musique country et des projets entièrement artificiels capables de rassembler un large public sur les grandes plateformes.
Le cas Deezer montre donc un paradoxe de plus en plus visible. L’IA musicale produit énormément, mais elle ne capte pas encore l’essentiel de l’attention. Pour l’instant. Car si la cadence de publication continue d’augmenter à ce rythme, la question ne sera bientôt plus de savoir si cette musique existe, mais quelle place on veut réellement lui laisser.
******
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

