
Le protagoniste de cette nouvelle offensive technologique est Peter Thiel, milliardaire américain, cofondateur de PayPal et de Palantir, investisseur influent de la Silicon Valley, proche des milieux conservateurs américains, associé à l’écosystème Trump-Vance et figure associée depuis longtemps aux projets technologiques hors norme.
Cette fois, il mène un investissement de 140 millions de dollars américains dans Panthalassa, une jeune entreprise qui veut alimenter des centres de données flottants grâce à l’énergie des vagues.
Panthalassa développe une idée à la frontière de l’énergie renouvelable, de l’intelligence artificielle et de l’infrastructure numérique. Son concept repose sur des structures autonomes installées en mer, capables de produire de l’électricité à partir du mouvement des vagues. Cette énergie ne serait pas envoyée vers le réseau terrestre. Elle servirait directement à faire fonctionner des puces d’IA embarquées à bord.
La jeune pousse veut répondre à la demande croissante de puissance de calcul liée à l’IA. Les grands centres de données consomment déjà énormément d’électricité, et la montée en puissance des modèles génératifs accentue la pression sur les réseaux électriques. Dans ce contexte, la Silicon Valley explore des solutions de plus en plus ambitieuses, voire spéculatives : réacteurs nucléaires relancés, énergie solaire spatiale, centres de données sous-marins ou, ici, plateformes flottantes alimentées par l’océan.
Le système imaginé par Panthalassa repose sur des « nœuds » métalliques autonomes de grande taille. La structure monte et descend avec les vagues. Ce mouvement force l’eau à traverser une turbine, ce qui produit de l’électricité. Les serveurs d’IA seraient installés dans un compartiment hermétique, refroidi par l’eau de mer. Les résultats des calculs seraient ensuite transmis vers la terre par satellite.
L’entreprise affirme que ses plateformes peuvent fonctionner loin des côtes, sans câble vers la terre et sans être attachées au fond marin. C’est un point important dans son argumentaire : en s’éloignant des contraintes terrestres, Panthalassa veut éviter les conflits liés à l’usage des terrains, aux raccordements électriques et à la disponibilité limitée de l’énergie dans certaines régions.
Le financement annoncé doit permettre à Panthalassa de compléter une installation pilote près de Portland, en Oregon, et d’accélérer les premiers déploiements de sa série Ocean-3. Selon le Financial Times, la transaction valoriserait l’entreprise à près d’un milliard de dollars américains. Parmi les autres investisseurs cités figurent Marc Benioff, Max Levchin et John Doerr, trois noms bien connus du capital-risque et de l’économie numérique.
Le pari reste toutefois risqué. L’océan est un environnement difficile : corrosion, tempêtes, entretien à distance, fiabilité des communications par satellite, sécurité physique des plateformes et impact environnemental devront être démontrés à grande échelle. Il faudra aussi voir si le modèle économique tient la route face aux centres de données classiques, qui bénéficient déjà d’une chaîne d’approvisionnement bien établie.
Mais l’intérêt de Peter Thiel donne à Panthalassa une visibilité nouvelle. Son investissement montre à quel point la question énergétique devient centrale dans la course à l’IA. Après avoir longtemps parlé surtout de modèles, de puces et de données, l’industrie revient à une réalité plus fondamentale : sans énergie abondante, stable et abordable, l’intelligence artificielle ne peut pas continuer à croître au rythme actuel.
L’océan devient ainsi un nouveau territoire d’expérimentation pour l’infrastructure numérique. Panthalassa promet de transformer les vagues en puissance de calcul. Reste maintenant à vérifier si cette promesse peut sortir du registre de la démonstration technologique pour devenir une solution industrielle viable.
Source : Financial Times, Businesswire,
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