Australie: l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans peine à produire ses effets

Six mois après l’entrée en vigueur de sa loi pionnière sur les réseaux sociaux, l’Australie se heurte à une réalité plus complexe que prévu. Une étude publiée dans le British Medical Journal conclut qu’il existe peu de preuves d’une baisse immédiate de l’utilisation des plateformes chez les moins de 16 ans. Les chercheurs ont interrogé 408 adolescents australiens de 12 à 17 ans, une première fois avant l’application des restrictions, puis de nouveau trois mois plus tard.

Depuis le 10 décembre 2025, les plateformes considérées comme visées par la loi doivent prendre des « mesures raisonnables » pour empêcher les Australiens de moins de 16 ans de détenir un compte. Le régulateur eSafety précise qu’il ne s’agit pas d’une sanction visant les jeunes ou leurs parents, mais d’une obligation imposée aux entreprises technologiques.

Selon l’étude du BMJ, plus de 85 % des participants de moins de 16 ans utilisaient encore, trois mois après l’entrée en vigueur de la loi, des plateformes soumises aux restrictions. Les chercheurs notent aussi que plusieurs jeunes contournaient les contrôles au moyen de faux comptes ou de navigateurs privés. Les méthodes de vérification les plus fréquentes reposaient sur l’âge déclaré par l’utilisateur ou l’envoi d’une photo.

Les effets observés varient selon l’âge. L’utilisation quotidienne est demeurée stable chez les 12 à 13 ans, a diminué chez les 14 à 15 ans, passant de 78 % à 69 %, et a augmenté chez les 16 ans et plus, de 80 % à 89 %. Les auteurs préviennent toutefois que l’étude est observationnelle, fondée sur un échantillon relativement limité et concentrée en Nouvelle-Galles du Sud, ce qui limite la portée des conclusions.

Ces résultats surviennent alors que le régulateur australien accentue la pression sur les grandes plateformes. Le 31 mars 2026, eSafety a dit avoir de « fortes préoccupations » concernant la conformité de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube. Le régulateur affirme avoir observé des failles, notamment des contrôles d’âge répétés permettant à certains mineurs d’obtenir un résultat les présentant comme âgés de 16 ans ou plus.

Le gouvernement australien veut maintenant durcir le régime. Le 29 juin 2026, Reuters rapportait le dépôt d’un projet de loi visant à renforcer les pouvoirs d’enquête d’eSafety et à doubler les amendes maximales, qui passeraient de 49,5 millions à 99 millions de dollars australiens. La ministre des Communications, Anika Wells, accuse les plateformes de ne pas en faire assez pour respecter la loi.

Le cas australien est observé de près ailleurs dans le monde, car plusieurs pays envisagent des restrictions similaires. Mais les premières données montrent que l’adoption d’une interdiction ne suffit pas. Son efficacité dépendra surtout de la capacité des plateformes à appliquer des contrôles d’âge robustes, de la surveillance exercée par les autorités et des effets à long terme sur les habitudes numériques des adolescents.

Source : BMJ

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