
Les nouvelles déclarations financières de Donald Trump, rendues publiques par l’Office of Government Ethics le 30 juin 2026, offrent un portrait inhabituellement détaillé de l’enrichissement du président américain depuis son retour à la Maison-Blanche. Le document certifié compte 927 pages et confirme l’ampleur de ses revenus liés aux cryptomonnaies, aux marchés boursiers, à l’immobilier et à différentes licences commerciales.
Selon Reuters, Donald Trump a déclaré plus de 1,4 milliard de dollars américains de revenus provenant de ses activités liées aux cryptomonnaies en 2025. Une part importante viendrait de World Liberty Financial, une entreprise crypto associée à la famille Trump, ainsi que d’autres initiatives numériques liées à son image. Des revenus qui contrastent avec la performance de certains jetons, dont la valeur a fortement reculé après leur lancement, laissant plusieurs investisseurs ordinaires avec des pertes.
Le New York Times rapporte de son côté que Donald Trump et sa famille auraient tiré d’importants revenus du jeton $TRUMP, alors que des centaines de milliers d’investisseurs auraient perdu de l’argent. Selon l’analyse citée par le quotidien, le président aurait obtenu 636 millions de dollars de cette cryptomonnaie, intégrée à un ensemble plus vaste de revenus crypto depuis son retour au pouvoir.
Ces révélations surviennent alors que l’administration Trump a adopté une posture très favorable à l’industrie crypto. C’est ce qui alimente les critiques sur de possibles conflits d’intérêts. Les présidents américains ne sont pas soumis aux mêmes règles strictes de conflits d’intérêts que plusieurs autres responsables fédéraux, mais les usages récents voulaient qu’ils se distancient davantage de leurs intérêts financiers privés, notamment par des fiducies indépendantes ou des mécanismes de gestion plus étanches.
Un autre volet des déclarations financières concerne les investissements boursiers du président dans le secteur technologique. Selon les éléments rapportés, Donald Trump a acheté le 23 juillet 2025 jusqu’à 5 millions de dollars d’actions dans chacune de six grandes entreprises associées à l’intelligence artificielle : Broadcom, Meta, Amazon, Apple, Microsoft et Nvidia. Le même jour, la Maison-Blanche publiait son plan d’action sur l’intelligence artificielle, intitulé Winning the Race: America’s AI Action Plan. Ce plan misait sur l’accélération de l’innovation, le développement des infrastructures américaines en IA et le leadership international des États-Unis.
Plusieurs cabinets juridiques et analystes ont décrit ce plan comme favorable à la déréglementation et à l’accélération commerciale de l’IA. Morrison Foerster souligne que le plan énumère plus de 90 actions fédérales réparties autour de trois axes, tandis que Ropes & Gray insiste sur son accent mis sur la déréglementation et les investissements en infrastructures.
Le problème soulevé n’est pas seulement la possession d’actions technologiques. Il tient au moment des achats, à la nature des entreprises concernées et au fait que ces sociétés pouvaient bénéficier directement ou indirectement des orientations politiques annoncées par la Maison-Blanche. D’après les informations rapportées, ces transactions n’auraient pas été incluses dans les rapports périodiques de transactions couvrant 2025, comme l’exige la loi américaine. Le dépôt financier indique que Donald Trump a payé une petite amende pour ce manquement.
La défense de Donald Trump repose sur un argument central : il ne gérerait pas personnellement ses investissements. Reuters rapporte qu’il a affirmé ne pas s’occuper directement de ses finances personnelles et que des fonds indépendants en assureraient la gestion. Le New York Times a aussi rapporté que ses firmes de courtage disposent d’une autorité sur ses comptes et qu’elles ne peuvent accepter de demandes de transaction de sa part ou de sa famille.
Cette défense ne ferme toutefois pas le débat. Pour les experts en éthique publique, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si Donald Trump a ordonné personnellement des achats ou des ventes. Il est aussi de savoir si un président peut continuer à profiter financièrement de secteurs directement touchés par ses propres politiques, surtout lorsque ces secteurs, comme l’IA et les cryptomonnaies, dépendent fortement de décisions réglementaires, fiscales et diplomatiques.
La situation est d’autant plus sensible que les cryptomonnaies sont un domaine où la valeur des actifs peut être influencée par la confiance, la visibilité médiatique et les signaux politiques. Lorsqu’un président promeut ou favorise un environnement réglementaire avantageux pour un secteur dans lequel lui-même et sa famille ont des intérêts financiers importants, la frontière entre politique publique et intérêt privé devient difficile à tracer.
Aucune preuve publique citée dans les documents consultés ne permet d’affirmer que Donald Trump a personnellement donné des ordres de transaction liés aux annonces de son administration. Mais les montants en cause, la proximité entre certaines politiques publiques et ses intérêts privés, ainsi que les pertes subies par de nombreux investisseurs dans les jetons associés à son image, suffisent à faire de cette affaire un test majeur pour l’éthique politique américaine à l’ère de l’IA et des cryptomonnaies.
Sources : Reuters, AP, New York Times
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