
Le patron de Nvidia, Jensen Huang, estime que les entreprises américaines devraient pouvoir utiliser les modèles d’intelligence artificielle chinois à poids ouverts. Dans une entrevue accordée à Axios, il affirme que ces systèmes peuvent élargir le marché de l’IA plutôt que menacer les entreprises américaines. Il s’oppose ainsi aux appels visant à limiter leur utilisation aux États-Unis.
Ses déclarations surviennent après le lancement de Kimi K3, développé par la société chinoise Moonshot AI. Le modèle revendique 2,8 billions de paramètres, une fenêtre contextuelle d’un million de jetons et des capacités avancées en raisonnement, en programmation et en traitement de tâches complexes. Moonshot prévoit rendre ses poids téléchargeables, ce qui permettra aux développeurs de l’exécuter et de le modifier sur leurs propres infrastructures.
Les performances annoncées de Kimi K3 ont ravivé aux États-Unis les inquiétudes apparues avec DeepSeek au début de 2025. Le modèle chinois se serait hissé parmi les systèmes les plus performants dans certains tests de programmation, tout en offrant des coûts d’utilisation inférieurs à ceux de plusieurs services américains propriétaires. Ces résultats demeurent toutefois dépendants des méthodes d’évaluation et devront être confirmés par des analyses indépendantes plus larges.
Pour Jensen Huang, Wall Street interprète mal les conséquences de cette nouvelle concurrence. Des modèles moins chers et plus accessibles pourraient accélérer l’adoption de l’IA dans les entreprises et augmenter la demande pour les processeurs, les centres de données et les infrastructures vendus par Nvidia. Selon lui, une IA gratuite ou peu coûteuse devrait donc favoriser le marché du matériel informatique plutôt que le fragiliser.
Le dirigeant rejette également l’idée qu’un modèle chinois téléchargé contiendrait nécessairement une porte dérobée donnant accès aux autorités de Pékin. Une entreprise peut héberger le système localement, limiter ses connexions et l’isoler dans un environnement sécurisé. Il soutient aussi que l’accès aux poids permet aux chercheurs d’inspecter davantage les modèles, de découvrir leurs vulnérabilités et de développer des protections.
Cette position s’oppose à celle de plusieurs responsables américains et de laboratoires comme OpenAI et Anthropic. Ceux-ci accusent certaines entreprises chinoises d’avoir utilisé les réponses de modèles américains pour entraîner leurs propres systèmes grâce à la distillation. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que Washington examinait la présence possible de marqueurs provenant de modèles américains et pourrait imposer des sanctions si un vol de propriété intellectuelle était démontré.
Jensen Huang ne nie pas que les violations de contrats, de confidentialité ou de propriété intellectuelle doivent être sanctionnées. Il propose toutefois de cibler les comportements fautifs plutôt que d’interdire globalement les modèles concernés. Selon lui, la distillation et l’apprentissage à partir de connaissances existantes font partie du développement normal de l’intelligence artificielle.
Cette prise de position reflète aussi les intérêts de Nvidia. Plus les modèles d’IA se multiplient et deviennent accessibles, plus les besoins en puissance de calcul risquent d’augmenter. Mais elle alimente un débat plus large entre deux approches : protéger les technologies américaines par des restrictions ou favoriser une diffusion ouverte afin d’accélérer l’innovation et l’adoption de l’IA.
Source : axios
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