
La rédactrice en chef de Reuters, Alessandra Galloni, appelle les entreprises de presse à défendre collectivement la valeur de leurs contenus face aux sociétés qui développent des systèmes d’intelligence artificielle. Selon elle, l’avenir du journalisme passe par une attribution claire des sources, une rémunération équitable et des règles communes encadrant l’utilisation des articles, des images et des données produits par les salles de nouvelles.
Dans une conférence prononcée mardi à Sydney, la dirigeante de Reuters a estimé que les entreprises d’IA utilisent encore trop souvent des contenus journalistiques sans consentement ni compensation suffisante. Elle considère que cette situation détourne vers les plateformes technologiques une partie des revenus qui devraient financer la collecte et la vérification de l’information. Galloni ne rejette toutefois pas l’intelligence artificielle. Reuters l’utilise déjà pour accélérer certaines tâches, mais en maintenant une supervision humaine et des normes éditoriales strictes.
Son intervention survient alors que les robots conversationnels commencent à modifier les habitudes d’information. Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute, 10 % des personnes interrogées dans 48 marchés disent utiliser chaque semaine un outil comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity pour consulter l’actualité, comparativement à 7 % un an plus tôt. La proportion atteint 16 % chez les moins de 35 ans.
Cette progression demeure toutefois limitée. Seulement 1 % des répondants considèrent actuellement l’IA comme leur principale source d’information. Les robots conversationnels jouent donc surtout un rôle complémentaire, notamment pour résumer une nouvelle, demander des précisions, traduire un article ou comparer plusieurs sources. Au Canada et au Royaume-Uni, le résumé est d’ailleurs l’un des usages les plus souvent cités.
La confiance reste également fragile. À l’échelle mondiale, 20 % des répondants affirment faire confiance aux informations fournies par des robots conversationnels, contre 37 % pour l’information en général. Parmi les personnes qui utilisent déjà ces outils pour s’informer, le taux de confiance monte toutefois à 44 %.
Pour les éditeurs, le problème ne concerne pas uniquement l’entraînement des modèles. Il touche aussi la diminution potentielle du trafic vers leurs propres sites. Les réponses générées par l’IA et les résumés intégrés aux moteurs de recherche peuvent satisfaire les internautes sans qu’ils consultent l’article original. Parmi l’ensemble des personnes interrogées dans 27 marchés, seulement 4 % disent cliquer souvent ou toujours sur une source journalistique à partir d’une réponse fournie par un robot conversationnel. Ce chiffre s’explique en partie par le nombre encore réduit d’utilisateurs, mais il illustre les inquiétudes des médias concernant leurs revenus publicitaires et leurs abonnements.
Plusieurs groupes de presse ont déjà conclu des accords de licence avec des entreprises d’IA, notamment Associated Press, Axel Springer, Prisa et Le Monde. D’autres ont choisi les tribunaux. Une troisième stratégie commence maintenant à émerger, celle de coalitions permettant aux éditeurs de négocier collectivement, de définir des normes d’attribution et d’obtenir de meilleures conditions financières.
L’enjeu consiste donc à profiter des avantages de l’intelligence artificielle sans affaiblir les organisations qui produisent l’information originale. Sans attribution visible, sans accès aux données d’utilisation et sans rémunération, les médias craignent que les systèmes d’IA deviennent plus performants grâce au journalisme, tout en réduisant progressivement les ressources nécessaires pour le produire.
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