Téléphones cellulaires et cancer du cerveau : les études ne trouvent aucun lien

Les téléphones cellulaires sont utilisés par des milliards de personnes depuis plusieurs décennies. Malgré cette exposition massive, les données scientifiques disponibles ne montrent pas d’augmentation du risque de cancer du cerveau, de la tête ou du cou associée aux radiofréquences émises par ces appareils.

Cette conclusion est remise en lumière par Sarah Diepstraten et John La Marca, deux chercheurs du Walter and Eliza Hall Institute en Australie. Ils ont examiné les résultats des revues scientifiques commandées en 2019 par l’Organisation mondiale de la santé afin d’évaluer les effets possibles des champs électromagnétiques sur la santé.

La plus importante de ces analyses a été publiée en 2024 dans la revue scientifique Environment International. Dirigée par l’Agence australienne de radioprotection et de sûreté nucléaire, l’ARPANSA, elle a évalué plus de 5 000 publications. Les chercheurs en ont retenu 63, provenant de 22 pays et couvrant la période de 1994 à 2022.

Les résultats ne montrent aucune association entre l’utilisation d’un téléphone cellulaire et les gliomes, les méningiomes, les neurinomes acoustiques, les tumeurs de l’hypophyse ou les cancers des glandes salivaires. Aucun risque supplémentaire n’a été observé chez les personnes utilisant beaucoup leur appareil, ni chez celles qui l’utilisent depuis dix ans ou plus.

Les chercheurs ont aussi examiné l’exposition environnementale aux antennes de radio et de télévision. Là encore, les études analysées ne montrent pas de lien avec les leucémies infantiles. L’OMS indique de son côté que les recherches menées sur les antennes et les réseaux sans fil n’ont pas établi d’augmentation du risque de cancer.

Un autre argument repose sur l’évolution des statistiques. L’utilisation des téléphones cellulaires a connu une croissance spectaculaire depuis les années 1990, sans hausse comparable du nombre de cancers du cerveau. En Australie, par exemple, leur incidence est demeurée globalement stable depuis les années 1980, sauf chez certaines personnes âgées, une évolution amorcée avant l’arrivée du téléphone mobile et attribuée notamment à l’amélioration des méthodes de diagnostic.

Ces résultats remettent en contexte la décision prise en 2011 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’OMS, de classer les radiofréquences dans le groupe 2B, celui des agents « peut-être cancérogènes pour l’être humain ». Cette classification reposait alors sur des données limitées et ne signifiait pas qu’un effet cancérogène avait été démontré.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire est arrivée à une conclusion similaire en novembre 2025. Après avoir actualisé son expertise sur les radiofréquences, l’Anses a indiqué que les connaissances disponibles ne permettaient pas d’établir de lien de causalité entre l’exposition aux radiofréquences et l’apparition de cancers.

Cette conclusion ne signifie pas que toutes les questions sanitaires entourant les radiofréquences sont définitivement réglées. Pour plusieurs effets possibles, notamment sur la fertilité, les maux de tête, les acouphènes ou certaines fonctions cérébrales, les données demeurent insuffisantes ou de qualité trop variable pour permettre une conclusion ferme.

Il faut aussi apporter une précision importante : l’OMS n’a pas encore publié sa monographie finale regroupant l’ensemble des revues qu’elle a commandées. Il est donc prématuré d’affirmer que l’organisation a officiellement « blanchi » le téléphone cellulaire. Les études réalisées à sa demande indiquent toutefois avec un degré élevé de confiance qu’aucun lien n’a été démontré entre son utilisation et les cancers du cerveau, de la tête ou du cou.

En pratique, le débit d’absorption spécifique, ou DAS, demeure une norme réglementaire destinée à limiter l’exposition aux radiofréquences. Il ne constitue pas une mesure du risque individuel de développer un cancer. Les données actuelles indiquent que les limites d’exposition en vigueur offrent vraisemblablement une protection adéquate.

Source : The Conversation

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