
Meta a envisagé une transformation beaucoup plus radicale de son organisation que ce qui avait été annoncé publiquement. Selon une enquête de Reuters publiée hier, Mark Zuckerberg et ses principaux dirigeants ont étudié un scénario dans lequel certaines équipes auraient pu voir leur taille réduite jusqu’à 60 %, avec l’objectif de confier une partie importante du travail quotidien à des agents d’intelligence artificielle. Meta confirme l’existence du projet, mais insiste sur un point essentiel : il n’a jamais été question de supprimer 60 % de l’ensemble de ses effectifs.
Baptisé « Project OT », pour Organization Transformation, le projet aurait été élaboré au début de 2026. L’idée consistait à transformer Meta en entreprise « AI native », où des équipes humaines beaucoup plus petites superviseraient des outils et des agents d’IA capables d’effectuer une partie du travail aujourd’hui confié aux employés. Des documents internes consultés par Reuters évoquent notamment des équipes de développement traditionnelles de 10 à 20 personnes remplacées, dans certains cas, par des groupes de trois à cinq personnes aux fonctions beaucoup plus polyvalentes.
Dans les scénarios les plus agressifs étudiés par la direction, certaines équipes pouvaient être réduites jusqu’à 60 %. Meta a confirmé ce chiffre à Reuters, tout en précisant qu’il concernait seulement certains scénarios et certaines unités. Plusieurs grandes divisions n’étaient pas visées. Les réductions envisagées combinaient des licenciements, des postes laissés vacants et des transferts vers de nouvelles équipes prioritaires.
Le projet devait initialement se dérouler en deux grandes étapes. Une première vague a effectivement eu lieu le 20 mai, lorsque Meta a supprimé environ 10 % de ses emplois à l’échelle mondiale. Quelque 7 000 autres employés ont parallèlement été réaffectés vers des initiatives liées notamment aux nouveaux processus de travail utilisant l’IA. Une deuxième restructuration était envisagée pour novembre.
Mais quelques heures avant les licenciements du mois de mai, Zuckerberg et son équipe de direction ont abandonné la planification de cette deuxième vague, selon les documents obtenus par Reuters. Le lendemain, Zuckerberg indiquait aux employés qu’il ne prévoyait pas d’autres licenciements « à l’échelle de l’entreprise » en 2026.
L’une des explications possibles apparaît dans les données internes consultées par Reuters. L’utilisation massive de l’IA aurait effectivement permis aux employés de produire beaucoup plus de code, mais sans augmentation comparable du nombre de nouvelles fonctions réellement livrées aux utilisateurs. Selon une publication interne, les modifications apportées au code des plateformes et infrastructures internes auraient augmenté de 220 % sur un an, alors que les changements conduisant réellement à de nouvelles fonctions ou à des améliorations offertes aux utilisateurs n’auraient progressé que de 36 %.
Plus préoccupant encore, des équipes techniques auraient signalé des problèmes de fiabilité associés à cette accélération. Des publications internes consultées par Reuters font état d’une hausse de 40 % des incidents techniques ou de sécurité importants, notamment des interruptions de service et de possibles fuites de données. Le temps consacré par les employés à gérer ces incidents aurait pour sa part progressé de 70 %. Meta n’a pas commenté ces statistiques internes.
À cela s’est ajoutée une forte résistance des employés. Plusieurs craignaient que les données recueillies sur leur propre manière de travailler servent à entraîner les systèmes destinés à les remplacer. Meta avait notamment installé aux États-Unis un logiciel capable d’enregistrer des mouvements de souris et des frappes au clavier pour entraîner ses agents d’IA. Devant les critiques internes, l’entreprise a finalement suspendu le programme.
Le climat interne semble s’être nettement détérioré pendant cette période. Selon le sondage semestriel Pulse de Meta cité par Reuters, la proportion d’opinions favorables chez les employés serait passée de 74 % à 55 %. Après les licenciements, la direction a tenté de rétablir le moral en permettant notamment à certains employés réaffectés de revenir dans leurs anciennes équipes et en augmentant les dépenses consacrées aux déplacements, aux activités sociales et même aux collations dans les bureaux.
Zuckerberg lui-même a reconnu en juillet que les progrès des agents d’IA avaient été plus lents que prévu. Lors d’une assemblée interne, il a expliqué que leur développement n’avait pas accéléré aussi rapidement que la direction l’avait anticipé et que la réorganisation avait été moins bien exécutée qu’elle aurait pu l’être. Il disait néanmoins s’attendre à des progrès plus importants au cours des trois à six mois suivants.
Cette histoire ne signifie donc pas que Meta abandonne l’idée d’automatiser une partie importante de son fonctionnement avec l’IA. L’entreprise continue d’investir massivement dans ses infrastructures et ses modèles. Elle a aussi transféré des milliers d’employés vers des projets liés à l’intelligence artificielle et mis en place des équipes plus petites dans plusieurs unités.
Elle révèle toutefois un écart important entre la vision d’une entreprise où quelques employés fortement assistés par l’IA pourraient remplacer des équipes beaucoup plus nombreuses et les résultats obtenus jusqu’ici. Meta reconnaît que Project OT a existé, que des scénarios de réduction pouvant atteindre 60 % ont été étudiés pour certaines équipes et qu’une deuxième vague de restructuration avait été envisagée avant d’être abandonnée. Ce que l’on ne sait toujours pas, c’est jusqu’où Zuckerberg entend reprendre cette transformation lorsque les agents d’IA seront suffisamment efficaces pour produire les gains de productivité qu’il attend.
Source : Reuters
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