
ALL IN 2026 s’est ouvert mercredi matin au Palais des congrès de Montréal sur un message sans ambiguïté : le Canada possède déjà les chercheurs, les talents et un écosystème reconnu en intelligence artificielle, mais il doit maintenant réussir à transformer cette avance en adoption, en investissements et en croissance économique.
L’événement, qui se déroule les 16 et 17 septembre, réunit à Montréal des dirigeants d’entreprises, chercheurs, investisseurs, entrepreneurs et représentants gouvernementaux autour de l’intelligence artificielle et des technologies. L’Allemagne est cette année le pays à l’honneur, avec une importante délégation menée notamment par le ministre allemand de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’État, Karsten Wildberger.
Pour Isabelle Turcotte, cofondatrice et cheffe de la direction d’ALL IN, cette quatrième édition arrive à un moment charnière pour l’économie canadienne.
« Le Canada se trouve à un moment crucial de son histoire économique. Dans un monde où les règles du jeu changent, nous devons bâtir une économie plus forte et plus résiliente », a-t-elle lancé en ouverture.
Son message s’inscrit directement dans le contexte du premier Sommet sur l’investissement au Canada, organisé à Toronto les 14 et 15 septembre. Le gouvernement fédéral affirme que ce rendez-vous a réuni des investisseurs provenant de près de 30 pays et représentant plus de 100 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
À Montréal, Turcotte a présenté l’intelligence artificielle comme l’un des leviers permettant au Canada de profiter de cette volonté de diversifier son économie et ses partenariats internationaux.
« Aujourd’hui, le monde est ici, à Montréal », a-t-elle déclaré. « Nous avons déjà démontré notre capacité à former des chercheurs de renommée mondiale, à attirer certains des meilleurs talents et à bâtir l’un des écosystèmes d’IA les plus dynamiques au monde. »
Mais la dirigeante d’ALL IN estime que cette première étape ne suffit plus. Le défi est désormais celui du passage à l’échelle.
« Nous avons aujourd’hui une occasion historique de transformer cette force en croissance durable. Le véritable défi commence maintenant. Nous devons nous assurer que l’IA et les nouvelles technologies soient adoptées à grande échelle dans nos entreprises et nos services publics. »
Cette volonté d’accélérer l’adoption est d’ailleurs devenue l’un des principaux fils conducteurs d’ALL IN. L’organisation présente l’événement comme un lieu où fournisseurs de technologies, entreprises utilisatrices, investisseurs et décideurs peuvent transformer des rencontres en projets commerciaux concrets. L’édition 2026 propose quatre scènes, plus de 200 conférenciers, des démonstrations, des rencontres d’affaires et des cas d’utilisation appliquée de l’IA.
Pour Isabelle Turcotte, l’IA doit cependant demeurer un moyen plutôt qu’une finalité.
« L’IA n’est pas un objectif, c’est un moyen. C’est un puissant moteur de transformation économique. Et cette transformation ne peut réussir que si nous avançons ensemble. »
Elle a esquissé une vision où l’intelligence artificielle contribuerait à améliorer les soins de santé, la compétitivité des entreprises, les chaînes d’approvisionnement, les villes et la création d’entreprises à forte croissance et d’emplois de qualité.
« Nous devons développer et adopter l’IA de façon responsable afin qu’elle puisse renforcer nos capacités humaines et améliorer la vie de nos citoyens », a-t-elle ajouté.
L’autre grande dimension de cette ouverture est internationale. L’Allemagne est le pays à l’honneur d’ALL IN 2026, dans la foulée du rapprochement technologique entre les deux pays, notamment autour de l’intelligence artificielle, de la souveraineté numérique, des infrastructures et des technologies quantiques. Une délégation de plus de 50 dirigeants allemands devait participer à l’événement.
« Le partenariat entre le Canada et l’Allemagne illustre l’avenir de l’IA que nous voulons construire grâce à la collaboration internationale, sur la base de valeurs communes, d’ambitions partagées et d’une confiance mutuelle », a affirmé Turcotte.
La dirigeante souhaite surtout que les rencontres des deux prochains jours débouchent sur des résultats tangibles.
« Au cours des deux prochains jours, les idées deviendront des collaborations. Les collaborations deviendront des projets. Et ces projets, je l’espère, deviendront les prochaines grandes réussites canadiennes. »
Hélène Desmarais, fondatrice et coprésidente du conseil d’administration de SCALE AI ainsi que cofondatrice et présidente du conseil d’ALL IN, a repris le même thème en insistant particulièrement sur la confiance et la capacité du Canada à établir des partenariats internationaux. Ses fonctions sont celles utilisées officiellement par l’organisation d’ALL IN.
« Le Canada a bâti l’un des écosystèmes d’innovation les plus dynamiques au monde. Ce qui rend le moment actuel particulièrement important, c’est la volonté de tous ces acteurs de se réunir, de mettre leur expertise en commun et de créer de nouvelles possibilités », a-t-elle déclaré.
Desmarais a indiqué sur scène que plus de 10 000 dirigeants et participants provenant d’une cinquantaine de pays étaient réunis pour cette édition. Ce chiffre, annoncé lors de son allocution d’ouverture, est supérieur aux données diffusées publiquement avant l’événement. Le communiqué du 19 août prévoyait plus de 7 500 participants, tandis que le site d’ALL IN affichait encore mercredi matin plus de 6 500 décideurs et experts.
Pour Hélène Desmarais, cette présence internationale confirme néanmoins une évolution importante : l’écosystème canadien ne cherche plus seulement à faire reconnaître son expertise scientifique, mais à créer des liens commerciaux autour de cette expertise.
« Nous avons créé ALL IN avec une ambition claire : réunir les personnes qui façonnent l’avenir de l’IA et de la technologie au Canada et les mettre en relation avec le reste du monde. »
La collaboration avec l’Allemagne représente selon elle un exemple de cette nouvelle étape.
« En réunissant deux puissances de l’intelligence artificielle, nous créons de nouvelles possibilités pour les entreprises, les chercheurs, les entrepreneurs et les investisseurs des deux côtés de l’Atlantique. »
Elle estime que le Canada doit maintenant construire une industrie technologique « connectée, confiante, ambitieuse et ouverte sur le monde ».
Mais Hélène Desmarais a également placé la notion de confiance au centre de son intervention. Dans un environnement géopolitique plus tendu, elle souhaite positionner les technologies canadiennes comme des solutions répondant à des critères de sécurité, de responsabilité et de résilience.
« Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et une incertitude croissante, la confiance compte plus que jamais », a-t-elle affirmé. « Choisir l’IA et les technologies canadiennes, c’est investir dans des solutions qui favorisent une IA sécuritaire, responsable et résiliente, fondée sur des valeurs communes et conçue pour profiter à nos économies et à nos sociétés. »
Ce positionnement correspond à l’ambition affichée cette année par ALL IN : faire de l’événement non seulement une vitrine de l’écosystème canadien, mais un lieu de commercialisation, d’investissement et de rapprochement avec des partenaires internationaux jugés stratégiques.
« Le prochain chapitre de l’histoire canadienne de l’IA et de la technologie sera écrit collectivement par ceux qui développent ces technologies, ceux qui les adoptent, ceux qui y investissent et ceux qui contribuent à faire rayonner l’innovation canadienne dans le monde », a résumé Desmarais.
Pour Isabelle Turcotte comme pour Hélène Desmarais, le message d’ouverture d’ALL IN 2026 marque ainsi une évolution du discours canadien sur l’intelligence artificielle. La question n’est plus uniquement de savoir si le Canada possède une expertise de calibre mondial. L’enjeu est maintenant de déterminer comment cette expertise pourra être déployée dans les entreprises et les services publics, transformée en produits et en entreprises, attirer du capital et devenir un véritable moteur de productivité.
Comme l’a résumé Isabelle Turcotte devant les participants : « Vous êtes les bâtisseurs de cette nouvelle économie. »
Et pendant deux jours à Montréal, ALL IN veut justement tenter de transformer cette ambition en projets concrets.
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