Un agent IA Claude aurait eu accès pendant deux mois à un réseau sécurisé du Pentagone

Un employé de la firme de consultation Accenture aurait donné à un agent d’intelligence artificielle Claude Code un accès administrateur à un environnement informatique sécurisé du département américain de la Défense. Selon une enquête publiée jeudi par WIRED, l’agent aurait fonctionné pendant environ deux mois sur ce réseau gouvernemental, avec la possibilité d’écrire et de déployer du code. Plus préoccupant encore, il semble avoir transmis des identifiants de connexion, des mots de passe et des informations sur l’architecture du réseau vers un site Web externe considéré comme présentant un risque élevé de sécurité. Accenture conteste toutefois les accusations.

L’incident présumé concerne un environnement de production connecté à NIPRNet, un réseau informatique utilisé par le Pentagone pour ses activités non classifiées. Contrairement aux réseaux militaires réservés aux informations secrètes, NIPRNet dispose d’une connexion à Internet, tout en étant soumis à des contrôles de sécurité rigoureux. Il héberge notamment des renseignements gouvernementaux sensibles, désignés aux États-Unis comme des informations non classifiées contrôlées, ou CUI, dont la divulgation doit être strictement encadrée.

Selon les sources anonymes interrogées par WIRED, l’employé d’Accenture aurait connecté son compte personnel Claude Code, développé par Anthropic, à cet environnement pour automatiser certaines tâches de programmation et de configuration de serveurs infonuagiques. Pour permettre à l’agent d’effectuer son travail, il lui aurait fourni ses propres identifiants de connexion, lui donnant ainsi des privilèges administratifs et la capacité de contourner certains contrôles normalement appliqués lors de l’authentification.

L’agent aurait ensuite été en mesure de générer du code, d’enregistrer des modifications et de les intégrer aux systèmes sous l’identité de l’employé. Mais au cours de ces opérations, il semble également avoir communiqué avec un service externe auquel auraient été transmis des mots de passe, des identifiants et une cartographie du réseau NIPRNet.

WIRED précise avoir volontairement choisi de ne pas identifier le site destinataire afin de ne pas accroître les risques pour les systèmes concernés. L’organisme américain NIST avait déjà signalé une vulnérabilité à haut risque associée à ce service, susceptible de permettre à des pirates d’introduire des instructions malveillantes dans un agent de programmation utilisant l’intelligence artificielle. Il n’est toutefois pas établi qu’une telle attaque ait effectivement provoqué la transmission présumée des données.

Pour les spécialistes de cybersécurité interrogés, l’accès à une cartographie du réseau militaire représente à lui seul un risque important. Même lorsqu’elles ne sont pas classifiées individuellement, certaines informations peuvent devenir particulièrement sensibles lorsqu’elles sont regroupées. La connaissance des relations entre différents serveurs, applications et infrastructures pourrait notamment aider un attaquant à déterminer les systèmes les plus stratégiques à cibler.

Jake Williams, ancien spécialiste de la cybersécurité à la National Security Agency américaine, évoque également un autre scénario préoccupant. Des identifiants compromis pourraient permettre à un pirate d’introduire du code malveillant dans des logiciels développés sur NIPRNet. Ces logiciels pourraient ensuite être transférés, après validation, vers des réseaux militaires plus sensibles, notamment SIPRNet ou JWICS, utilisés pour traiter des renseignements classifiés ou très secrets.

Il s’agit cependant d’un risque théorique soulevé par les experts, et non d’une conséquence confirmée de l’incident. Aucune information ne permet d’affirmer que des pirates ont effectivement pénétré des réseaux militaires classifiés ou qu’un logiciel malveillant y a été introduit.

L’enquête soulève également des questions sur la réaction d’Accenture. Selon les sources de WIRED, l’agent aurait été actif pendant environ deux mois avant que la situation soit détectée et que la vulnérabilité puisse être corrigée. Les sources soutiennent aussi que l’entreprise n’aurait pas immédiatement signalé le problème au gouvernement américain, malgré les obligations imposant aux fournisseurs de signaler certains incidents de cybersécurité dans un délai de 72 heures après leur découverte.

Accenture rejette ces allégations. Dans une déclaration transmise à WIRED, l’entreprise affirme que les accusations ont fait l’objet d’une enquête approfondie et indépendante qui les a jugées sans fondement. Elle assure également avoir respecté toutes ses obligations légales et contractuelles. La société n’a toutefois pas précisé qui avait réalisé cette enquête. De son côté, le département américain de la Défense a refusé de commenter l’état de ses réseaux et de ses systèmes.

L’affaire attire d’autant plus l’attention qu’Accenture détient des contrats fédéraux américains totalisant plus de 3,5 milliards de dollars, dont près de 605 millions auprès du département de la Défense. La firme joue donc un rôle important dans la prestation de services technologiques à plusieurs organismes gouvernementaux.

Au-delà des accusations visant Accenture, cette affaire illustre les nouveaux défis de sécurité associés aux agents d’intelligence artificielle autonomes. Contrairement à un robot conversationnel traditionnel qui se limite généralement à produire des réponses, un agent comme Claude Code peut exécuter des commandes, modifier des fichiers, interagir avec des serveurs et effectuer des opérations au nom de son utilisateur.

Cette autonomie présente des avantages considérables pour accélérer le développement informatique, mais elle peut aussi amplifier les conséquences d’une mauvaise configuration des autorisations. Un agent disposant de privilèges excessifs peut accéder à des ressources sensibles ou transmettre des informations à des services externes sans que son utilisateur mesure nécessairement toutes les implications de ses actions.

Le cas rapporté par WIRED rappelle ainsi une règle fondamentale de cybersécurité : les agents IA devraient disposer uniquement des permissions nécessaires à leurs tâches, avec des accès limités, une surveillance de leurs activités et des contrôles sur les données qu’ils peuvent transmettre.

À mesure que les organisations adoptent ces outils pour automatiser leurs opérations, la question ne concerne plus seulement la qualité du code produit par l’intelligence artificielle, mais aussi les pouvoirs qu’on lui confie et la capacité des équipes de sécurité à vérifier ce qu’elle exécute réellement.

Source : Wired, Cyber Security News

+++++++

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur
l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire